vendredi 13 septembre 2013

Investissements étrangers : quand la Tunisie aide indirectement Madagascar

"Rien que dans la manière de gérer un dialogue à distance, le malgache est beaucoup plus à l'aise, presque sans accent par rapport au personnel que j'avais en Tunisie. Le client au bout du fil ressent la différence, et nous avons pris la décision de délocaliser nos activités de call-center à Madagascar au bout de deux ans", déclare un opérateur offshore à Madagascar.

par Tsirisoa Rakotondravoavy

Ilyes Fakhfakh, ministre des Finances du gouvernement de la Transition de la Tunisie
Un texte capital d'apparence anodine a été changé dans les réglementations fiscales de la Tunisie. Le ministre tunisien des Finances Ilyes Fakhfakh était invité sur les ondes de Express FM à Tunis et a confirmé une loi pour faire abroger l'exonération fiscale dont bénéficiaient toutes les sociétés offshore dans la catégorie exportation en Tunisie. Ces sociétés seront imposées à un taux de 10% à partir de 2014. "Certes, cette exonération représentait une des motivations et une composante des avantages attractifs, mais elle n'a jamais été l'élément décisif pour l'installation sur le site Tunisie". Il a expliqué que "d'autres facteurs entrent en jeu tels que l'état de l'infrastructure, la logistique, la formation du personnel, le rendement, l'administration, le secteur bancaire... Le taux de 10% est toujours alléchant pour les investisseurs, un taux qu'on ne peut trouver nulle part ailleurs", précise le ministre des Finances de la Transition tunisienne, Ilyes Fakhfakh.
La réaction de la Fédération Nationale du Textile ne s'est pas fait attendre, à travers son président, Belhassen Gherab : " Cette décision n'est opportune et ne constitue aucunement une urgence. La priorité dans cette transition réside plutôt dans la création de nouvelles entreprises et dans la lutte contre la concurrence déloyale que livre le secteur formel contre l'informel."

Entre deux pays traversant une période de transition politique, la Tunisie et Madagascar se partagent une autre facette d'instabilité, celle de l'économie. Les investisseurs étrangers peinent à s'installer dans ces deux pays à cause des derniers événements politiques qui les ont emmenés vers cette transition. Mais notre enquête nous mène à une autre conclusion. Plusieurs sociétés installées auparavant en Tunisie, notamment ces deux dernières années dans le secteur du service offshore en informatique et les call-centers, ont quitté ce pays. Une dizaine de ces sociétés se sont installées récemment à Madagascar. Cet opérateur qui voulait garder l'anonymat, traumatisé par ce qui s'est passé en Tunisie, veut rester prudent à Madagascar, qu'il considère comme pays à risque mais qui présente un minimum de sécurité et des avantages particuliers pour son activité.
Très présent dans l'activité de call-center dans la vente en ligne, cet entrepreneur français nous révèle que mise à part les problèmes d'ordre fiscal, les ressources humaines malgaches restent nettement plus qualifiées que celles de la Tunisie. "Rien que dans la manière de gérer un dialogue à distance, le malgache est beaucoup plus à l'aise, presque sans accent par rapport au personnel que j'avais en Tunisie. Le client au bout du fil ressent la différence, et nous avons pris la décision de délocaliser nos activités de call-center à Madagascar au bout de deux ans", précise cet opérateur. "Le seul inconvénient du personnel malgache réside dans son flegme légendaire, ce qui n'est pas indiqué pour un job dans le commerce."

Ces raisons pourraient aider Madagascar à attirer petit à petit ces entreprises offshore d'autant que la Grande Île s'achemine à travers les élections d'octobre 2013 vers une normalisation de sa situation politique.

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