mercredi 31 août 2016

Faisant de l'ombre à gauche, voici la galaxie Macron

L'annonce de la démission d'Emmanuel Macron survient le soir même du discours de François Hollande à la conférence des ambassadeurs, un joli coup de com' - Photo DR - avec sa femme Brigitte Trogneux




Journal de l'Economie | Tsirisoa Rakotondravoavy | Les Echos


PARIS, 30/08/2016 (journaldeleconomie.com) -- Son débit est rapide, ses mots parfois cassants, et ses idées bousculent, à gauche comme à droite. Si Emmanuel Macron, nommé Ministre de l'Economie par François Hollande il y a deux ans, vient de déposer auprès de ce dernier sa démission, après des mois de suspenses nourris de rumeurs, c'est surtout pour "se libérer" selon ses termes des jougs des tenors du PS. Dans son dernier discours à Bercy, il a fait référence à une liberté utile pour ses propres marges de manœuvre lors d'une "nouvelle étape" pour "reconstruire la France". Le communiqué de l'Elysée affirme par ailleurs la position prise par l'ancien ministre pour se consacrer à son mouvement.

Si Emmanuel Macron ne s'est pas encore officiellement déclaré candidat à la présidentielle de 2017, l'on peut saisir l'opportunité de l'annonce de sa démission juste après le discours de François Hollande lors de la conférence des ambassadeurs le matin même du 30 août. Hollande y a fait un survol de l'état de la France face aux enjeux géopolitiques, économiques et culturels du monde contemporain, ce qui semblait être un exercice de bilan de fin de quinquennat, par lequel il sera obligé de passer dans quelques mois, et rendre compte aux français. Le président se bat contre son niveau de popularité très bas et cherche à combler le retard par tous les moyens. Mais Macron a saisi le moment, l'après-midi du discours de Hollande pour apporter à l'Elysée sa démission, un jeu non dépourvu de tactique. Résultat, la sortie de Hollande a été éclipsée, et "l'événement national" se passait dans la soirée du 30 août sur un pupitre à Bercy, à travers les paroles d'un homme porteur d'idées plus libérales qui ont fait peur à la gauche, un ovni politique qui se met en orbite. 

"Je suis fier d'être parvenu à amener des changements. J'ai touché du doigt les limites de notre système politique qui pousse à des solutions de compromis de dernière minute", a admis Emmanuel Macron. Cet ancien banquier chez Rothschild s'est engagé à apporter les solutions avec son équipe, son réseau. Car il en a, en parfait "homme d'Etat" prétendant. D'abord, "son système nerveux", comme Macron l'appelle, où l'on retrouve Matthieu Laine, un avocat libéral et homme de réseau (lui aussi) fervent pratiquant des allers-retours Paris-Londres pour voir ses amis banquiers, patrons, ministres, journalistes et artistes. Bref, un autre homme de réseau qui branche Macron aux bons tuyaux. Puis, vient l'opposé, le contrepoids, Laurent Bigorgne, agrégé d'histoire, initiateur de la réforme de Sciences Po avec Richard Descoing. Bigorgne est le crack en statistiques, en concepts, et apporte les idées, mêmes les plus folles comme la modélisation bombardée de projections sur les résultats de la future présidentielle de 2017. Cette modélisation basée sur des statistiques et des sondages récents donnerait au premier tour 27% aux Républicains, 22% à Macron, 20% à Marine Le Pen, 16% à Hollande, 12% à Mélenchon et 3% à Dupont-Aignan. Et 50,5% à Macron au second tour... Un truc de matheux ? Rien n'est sûr. Mais c'est certain que ces deux-là font sans doute partie de ceux qui n'ont pas eu de week-end depuis les deux années passées par Emmanuel Macron à Bercy, à mouliner les informations, les sondages, les contacts et les renseignements qui ont remonté qui leurs étaient livrés depuis le mouvement En Marche.

Mais la galaxie Macron s'étend aussi aux personnalités connues, à commencer par ses mentors, Michel Rocard, disparu récemment, et Henry Hermand, 91ans, homme d'affaires, un vieux du PS et parmi les créateurs du think tank Terra Nova. Puis vient l'inévotable Jacques Attali qui a présenté Macron à François Hollande en 2007, quand le jeune Emmanuel était rapporteur pour la Commission pour la libération de la croissance où Macron a rencontré François Villeroy de Galhau, ancien dirigeant de la banque BNP Paribas et l'économiste Philippe Aghion. Gérard Collomb, maire de Lyon, est aussi proche de Macron, en ayant accueilli l'université d'été des réformateurs du PS en 2015 dans sa ville. A l'Elysée, le secrétaire général Jean-Pierre Jouyet a toujours appuyé Macron avec Gaspard Gantzer, le communiquant de la présidence. Ayméric Ducrocq, responsable de l'industrie à l'Agence des participations de l'Etat est un "pote à Macron", depuis Sciences Po, et l'ENA avec Gaspard Gantzner. Emmanuel Macron a créé avec Pascal Terrasse, proche de l'Elysée et député PS de l'Ardèche, le "pôle des réformateurs", un point d'appui au PS qui manquait à Macron, qui compte 30 membres, dont Gérard Collomb, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, et les députés Gilles Savary et Christophe Caresche. 

Dans le privé, Emmanuel Macron a tissé des liens étroits avec Serge Weinberg, patron de Sanofi, François Henrot, associé chez Rothschild, et son patron, David de Rothschild. Sans compter sur les patrons rencontrés lors de son mandat à Bercy entre 2014 et 2016.

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