samedi 15 avril 2017

L'AFD propose une nouvelle approche continentale sur l'Afrique


Le président de la Guinée Alpha Condé, président en exercice de l'Union Africaine avec François Hollande, lors du colloque "Tout Afrique" à Paris (Photo : FinancialAfrik). 



Journal de l'Economie | Tsirisoa Rakotondravoavy

PARIS - 15/04/2017 - Un colloque a été organisé à l'Institut du Monde Arabe, à Paris, le 12 avril dernier à l'initiative de l'Agence française de développement (AFD). L'organisateur a pris comme thème "Tout Afrique : les enjeux d'une approche continentale". Le choix du thème et celui de l'endroit de ce colloque veut apporter une nouvelle vision de l'Afrique, une vision orientée vers ce qui unit l'Afrique que sur ce qui la divise. Pour Remy Rioux, dirigeant de l'AFD, c'est une rencontre pour "capture un moment, ... perturber le jeu". Et il a lancé son message en amont : "Déstabilisons-nous et voyons ce qu'il en sort".


Plusieurs Etats, institutions et entreprises françaises et africaines, personnalités politiques, économiques et culturelles ont participé à ce colloque qui a pris surtout la forme d'un débat très large sur le devenir d'une nouvelle Afrique. Une Afrique qui va de l'avant, qui résiste à sa désunion et se base sur ce qui l'unit. L'assistance s'est mise d'accord sur un constat : l'Afrique est traditionnellement divisée par une vision duale, l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, sinon une vision historique héritée des temps de la colonie, une Afrique francophone et une autre anglophone.

Si cette frontière n'est pas linguistique, elle est à la fois physique et politique. Celle qui est mise à l'index par Janine Diagou, directrice générale de la division banque du groupe ivoirien NSIA : "Les politiques passent leur temps à diviser l'Afrique quand les entrepreneurs la voient comme un tout". La menace djihadiste n'a pas mis beaucoup de temps pour comprendre cette division, en occupant ces frontières improbables entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Tous les pays bordant cette frontière sont sous pressions : Mali, Niger, Cameroun et Nigeria, au moment où le Maghreb tente de se relever des conséquences économiques du Printemps arabe.

Mais le combat est loin d'être perdu. A l'image de l'exposition organisée parallèlement au colloque à l'Institut du Monde Arabe qui englobe tout un symbole : "Trésors de l'Islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar".

Éloigner ce qui divise, c'est aussi la position de l'AFD et de son patron, Remy Rioux. Ce dernier veut relayer la nouvelle vision africaine des entreprises et des bailleurs de fonds. Ces derniers commencent à engager un changement en profondeur mené tout d'abord par l'abandon de l'ancienne lecture duale sur l'Afrique. 

Remy Rioux, dirigeant de l'AFD depuis juin 2016
Dans un entretien sur Le Point, Remy Rioux annonce le changement profond à engager : "L'Afrique, toute l'Afrique, est la priorité de l'Agence française de développement. Nous y consacrons la moitié de nos activités à l'international, soit 4 milliards d'euros par an. Nous avons une stratégie très simple : investir au maximum au service des femmes et des hommes de ce continent. Nous agissons déjà à l'échelle continentale". 

Une alliance stratégique lie l'AFD à la CDC (Caisse des dépôts et consignation) pour le lancement début avril à Ouagadougou un grand fonds dédié à l'infrastructure en equity actif en Afrique. Ce nouveau fonds est doté de 600 millions d'euros. Par ailleurs, 6 milliards d'euros seront investis dans le secteur de l'énergie en Afrique, dont la moitié pour les énergies renouvelables à travers AREI (Initiative africaine pour les énergies renouvelables), initiative panafricaine lancée lors de la COP21. 

Remy Rioux a insisté que l'AFD va "agir au Sahel, où il n'y aura pas de sécurité sans développement ni de développement sans sécurité. Nous allons également appuyer la dynamique d'intégration régionale dans l'océan Indien. Les outre-mer français sont engagés dans la coopération avec les pays africains, par exemple avec le projet Sega dans le domaine de la veille sanitaire, indispensable pour prévenir les épidémies. Il faut aller plus loin".

Le président guinéen Alpha Condé, qui est aussi président en exercice de l'Union Africaine et Coordinateur de l'AREI, a pesé de tout son poids pour appuyer cette nouvelle approche continentale. Il a en outre annoncé la création de Centre africain pour l'Eau et les Énergies renouvelables. Alpha condé a rappelé la nouvelle politique de l'Union Africaine qui s'est dotée de la stratégie 2063 s'appuyant sur 5 régions possédant chacune une dynamique économique et sociale identifiée. 

Remy Rioux inscrit ainsi la vision de l'AFD : "Tous ceux qui veulent participer au développement de l'Afrique sont les bienvenus à l'AFD. Les entrepreneurs, les collectivités locales, les acteurs de la société civile, les chercheurs, autant que les ministres et les bailleurs.Je veux insister enfin sur le rôle des banques de développement, dans chacun des pays avec lesquels nous collaborons de plus en plus étroitement". 

L'AFD agit avec des partenaires comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque de développement de l'Afrique du Sud (DBSA), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et la Trade and Development Bank (TDB). Un relai international a été créé sous la forme d'un club : l'International Development Finance Club. Ce club est formé par 23 banques de développement possédant des intérêts dans le développement de l'Afrique.

Lors d'une des multiples tables-rondes organisées lors du colloque "Tout Afrique", Karim al-Aynaoui, directeur du think tank marocain OCP Policy Center, a attiré l'attention sur la possibilité de mise en place du "récit africain", basé sur un narratif dédié aux investisseurs privés. Il a fait remarquer que "les Africains n’ont pas encore gagné la bataille de la communication. Prenez les Chinois : ils ont leur propre narratif sur l’Afrique. Pour eux, c’est la Chine d’il y a trente ans, une nouvelle frontière de développement sur laquelle ils sont en train d’organiser l’exportation de 85 millions d’emplois en raison de la hausse des salaires dans leur pays. Ils sont convaincus que leur propre stratégie de croissance marchera en Afrique".

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