lundi 12 juin 2017

Madagascar - tourisme : la stabilité politique sera-t-elle au rendez-vous ?

Les acteurs de l'ITM 2017 attendent beaucoup de la stabilité politique à venir pour développer le tourisme à Madagascar.



par Tsirisoa Rakotondravoavy | Journal de l'Economie


ANTANANARIVO- 12/06/2017 - Le salon International Tourism Fair d'Antananarivo (ITM) a fermé ses portes après quatre jours qui ont permis à l'Office national du Tourisme de Madagascar (ONTM) et à ses partenaires de l'Océan Indien réunis dans les Îles Vanille d'enregistrer plus de 10.000 visiteurs pour ce salon. Cette entité présidée par Joël Randriamandranto confirme un retour positif pendant le salon pour ce secteur qui représente un peu moins de 10% du PIB de Madagascar. Cet optimisme est partagé par le ministre du Tourisme Roland Ratsiraka et tous les professionnels du secteur ayant participé à l'ITM 2017, dont l'invité d'honneur est la Chine.

En effet, la Grande Île a revu sa prévision à 500.000 touristes entrant en 2019, ce qui sous-entend une croissance de plus de 100.000 touristes par an. Il faut noter que le défi est énorme car Madagascar a affiché 293.185 touristes en 2016, une hausse de 20% par rapport à 2015. Pour maintenir le rythme, des efforts conjugués venant de l'Etat malgache et des investisseurs privés sont nécessaires d'autant que le pays passera par une zone de turbulence l'année prochaine : l'élection présidentielle


Pour atteindre les 500.000 touristes entrant en 2019, Madagascar n'a plus que trois ans pour ajuster ses curseurs sur des indicateurs clés que les îles sœurs de l'Océan Indien maîtrisent mieux. Ces indicateurs se reposent principalement sur une notion de responsabilités partagées entre le gouvernement de Madagascar et les professionnels et investisseurs privés.

Calibrage nécessaire de l'offre des investisseurs hôteliers malgaches face aux concurrents de l'Océan Indien

Etudes de critères établis pour le choix d'un hôtel en Afrique (études Hospitality Report Africa 2017 - AccorHotels - Jumia Travel)

Si l'arrivée des touristes a augmenté de 15% entre 2015 et 2016, c'est notamment grâce à l'amélioration des offres hôtelières de Madagascar combinée à la présence des compagnies aériennes étrangères, Ethiopian Airlines, Turkish Airlines, Kenya Airways, Air France, Air Mauritius et Air Austral, qui aident Air Madagascar à transporter des passagers (touristes et hommes d'affaires) provenant de plusieurs grandes villes d'Asie et d'Afrique et d'Europe.

Le secteur du tourisme à Madagascar a affiché un investissement total de 6,23 millions d'euros en 2015 et réalisé une recette de 642 millions d'euros en 2016. Plusieurs établissements hôteliers sont montés en gamme ou prévoient de monter en gamme et des projets ont vu le jour (Grand Urban Hôtel du groupe Andilana à Ambatonakanga - Antananarivo). De vieux quartiers populaires comme Tsaralalàna, à Antananarivo, se rénovent avec le Central Hôtel, pas loin des Anjary Hôtel et Hôtel Mellis qui vont engager une rénovation pour faire face à un nouveau concurrent chinois, dans le même quartier. Le groupe GHM restaure un immeuble en plein centre d'affaires à Antaninarenina, au centre d'Antananarivo, où sont présents l'Hôtel Colbert et le Louvre Hôtel & Spa, qui a obtenu sa 4ème étoile l'année dernière. Le groupe AccorHotels, déjà présent à Madagascar à travers l'enseigne Ibis à Ankorondrano, prévoit l'installation de son enseigne Novotel. 

Les autres régions touristiques et d'affaires de Madagascar fourmillent également de projets : Toamasina et Sainte-Marie à l'Est, Antsiranana et Nosy-Be au Nord où un hôtel 5 étoiles est attendu, de Mahajanga passant par Morondava jusqu'à Anakao pour toute la cote Ouest, et sur toute la route du Sud jusqu'à Toliara et Taolagnaro (Fort-Dauphin). Des jeunes investisseurs comme les Hôtels H1 Madagascar ont construit leur troisième unité, Hôtel H1 Isalo à Ranohira en 2016, après ceux de Toamasina et d'Antsirabe, les trois hôtels étant dotés d'un standard de confort identique.

Le secteur du tourisme malgache prévoit l'augmentation de son offre de 10.000 chambres supplémentaires sur trois ans. Les 500.000 touristes attendus en 2019 sont encore loin de la performance des autres îles de l'Océan Indien dont les recettes du tourisme sont très élevées par rapport au nombre d'hôtels. Ce qui justifie la nécessité de la mise aux normes des hôtels et leur montée en gamme.

Comparatif | Etudes : Journal de l'Economie

Madagascar : 293.185 touristes en 2016, 24.046 chambres en 2015, 2.715 hôtels et restaurants (157 hôtels créés) en 2016, 642 millions d'euros de recettes en 2016 (source Min. Tourisme)

Maurice : 1.152.723 touristes en 2015 (339 682 au 1er trimestre 2017), 13.710 chambres, 116 hôtels en 2016, 1,41 milliards d'euros de recettes en 2016

La Réunion : 458.261 touristes en 2016, 3.140 chambres en 2016, 88 hôtels en 2016, 325,3 millions d'euros de recettes en 2016

Seychelles : 278.853 touristes de janvier à novembre 2016, 470 hôtels à la fin 2015, 354,22 millions d'euros de recettes en 2014


Attentes du secteur du tourisme adressées aux pouvoirs publics

L'administration malgache actuelle, dirigée par le Président de la République Hery Rajaonarimpianina, entamera sa dernière année du quinquennat en 2018. Ce dernier a inscrit dans le Plan national de développement de Madagascar (PND) un objectif moyen de 375.000 touristes par an durant son mandat, loin de la réalité à 280.000 touristes en 2016. Contrairement aux autres pays de l'Océan Indien, Madagascar doit encore faire face à efforts intenses concernant la sécurité des investissements (mesures d'incitation fiscale, kidnapping, attaques de convois et d'établissements, ... ), l'énergie (électricité et eau) et les infrastructures liés au tourisme (routes, aéroports, transport aérien). Le taux d'investissement de 20% inscrit dans le PND peine à bouger des 15,3%. Le gouvernement malgache a pris du retard quant à la maîtrise de ces paramètres et c'est seulement à la seconde moitié de 2017 que quelques uns des projets publics attendus en milieu du quinquennat démarreront.

A l'image des délestages incessants depuis 2014, le retard à l'allumage des projets de l'Etat a rattrapé le secteur de l'énergie. Les générateurs à huile lourde des partenaires privés de la Jirama (Symbion Power, Aksa Power Ltd) viennent tout juste d'arriver à Madagascar et attendront fin 2018 pour leur mise en service. Le secteur du tourisme a le plus souffert des coupures d'électricité répétées et inexpliquées.

Côté infrastructures,  la construction des routes reliant Antananarivo à l'aéroport d'Ivato, entamée lors du Sommet de la Francophonie de 2016, reste inachevée, son axe le plus long et le plus utile étant fermé aux usagers. L'état actuel des routes nationales laisse à désirer et les compagnies Air Madagascar et Madagascar Airways peinent à couvrir le réseau domestique, élément déterminant pour le développement du tourisme. Les travaux d'agrandissement de l'aéroport international d'Ivato (terminal C, surface : 17.500m², coût : 117,8 millions d'euros) et celui de Nosy-Be, sous la concession de Ravinala Airports, ne seront réalisés que vers la fin 2018, malgré les redevances d'aéroports préalablement mises en place et le financement de 25 millions d'euros de l'AFD.

La réforme de l'énergie et de la Jirama, société nationale d'électricité et d'eau, tarde à se réaliser et le bouclage de l'acquisition par Air Austral des 49% de la compagnie nationale Air Madagascar est mainte fois reporté, à cause du financement de la dette de cette dernière, chiffrée à 88 millions de dollars. Pire, la compagnie Air Austral elle-même prévoit une année 2017 financièrement difficile, parsemée de grèves de son personnel.

Mais l'inconnue de taille dans cette équation reste celle de l'élection présidentielle de 2018 à Madagascar. Les bailleurs de fonds se sont engagés à de multiples pourparlers aux entités politiques et candidats potentiellement éligibles mais le pays demeure dans le groupe des zones à risques pour les investisseurs étrangers. 

La stabilité politique reste pourtant l'indice déterminant pour le développement du tourisme et le seul facteur qui bloque les investissements étrangers tant attendus par la Grande Île.

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