samedi 17 décembre 2016

Scandale politico-financier au Mozambique : les bailleurs de fonds se disent floués

Iskandar Safa, Armando Gueboza et François Hollande en 2013

 


Journal de l'Economie | Tsirisoa Rakotondravoavy | Wall Street Journal


MAPUTO - 17/12/2016 - Le Mozambique est actuellement le théâtre d'une crise financière sans précédent. Depuis octobre, le pays s'est déclaré insolvable et sa dette a grimpé de 20%, atteignant 130% du PIB en 2016. La cause principale est le crédit ouvert au Mozambique par le Crédit Suisse à Londres et la banque russe VTB d'un montant de 2,2 milliards de dollars. La part du Crédit Suisse dans ce crédit accordé est de 1,04 milliard de dollars. Officiellement, une première partie de cette somme est allouée à Ematum, une société de pêche opérant dans le Canal du Mozambique, et une autre partie pour un programme de protection frontalière. Le dessous de l'enquête révèle pourtant un vaste programme d'armement engagé par le gouvernement de Maputo. La communauté financière internationale et les bailleurs de fonds voient d'un mauvais œil cette opération. Emboitant le pas à quatorze pays occidentaux partenaires du Mozambique, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont critiqué le financement et ont stoppé tous leurs appuis au gouvernement mozambicain, ces institutions n'étant pas informées à temps pour ces énormes opérations de crédit.

Du côté des institutions financières européennes, la FINMA, autorité suisse de surveillance des marchés financiers, et la Grande Bretagne ont lancé des enquêtes auprès du Crédit Suisse et le FMI a engagé un audit exceptionnel sur les parties prenantes de ce financement. 
Le gouvernement mozambicain de l'époque, accusé d'avoir caché ce crédit à ses partenaires financiers, soigne ses plaies. La Banque centrale du Mozambique a décidé d'alloué 111 millions de dollars pour sauver de la faillite la quatrième banque du pays, la Moza Banco. Cette dernière ferait face à un début de fuite de ses déposants et de ses créanciers. La Moza Banco, filiale du groupe Novo Banco, a été mise sous administration provisoire par l'Etat en septembre pour maintenir l'ensemble du secteur financier du Mozambique. Le gouvernement a également fermé en novembre la banque privée Nosso Banco à cause de sa mauvaise situation financière. La monnaie mozambicaine, le metical, a perdu depuis avril 84,8% de sa valeur comparée au dollar.

Les enquêtes menées depuis 2013, début de cette affaire de financements occultes met en cause des marchands d'armes, les banques Crédit Suisse à Londres et la russe VTB, et par négligence le gouvernement français et l'ancien président Armando Gueboza. Les intermédiaires sont nombreux dans cette affaire, selon les enquêtes confirmées par Le Monde, comme la société mozambicaine de pêche Ematum, bénéficiaire d'un crédit d'obligations d'Etat de 850 millions de dollars, sur lequel le Parlement du pays n'a pas été informé. Ematum a commandé au début de l'affaire des chalutiers et des patrouilleurs pour 200 millions d'euros aux Constructions mécaniques de Normandie (CMN) à Cherbourg. On retrouve également comme intermédiaires Proindicus et Mozambique Asset Management, deux entreprises publiques engageant des emprunts respectifs de 622 millions de dollars et 535 millions de dollars. 

Mais le mécanisme principal d'intermédiation tourne autour du franco-libanais Iskandar Safa, propriétaire de Privinvest, maison mère des CMN à Cherbourg. Privinvest aurait fait transiter les emprunts par sa filiale Abu Dhabi Mar, fournisseur d'équipements déclaré dans les contrats. La complicité des entreprises publiques mozambicaines a huilé le rouage qui aurait trompé les banques et les bailleurs de fonds dans l'affaire.

L'image qui est malheureusement difficile à effacer est celle de septembre 2013 présentant François Hollande, le président mozambicain de l'époque Armando Gueboza et Iskandar Safa ensemble sur les chantiers des CMN inaugurant ces commandes considérées comme "historiques" pour le secteur.

Un fait troublant récent apporte plus d'ombre à l'affaire, celui de l'assassinat de la femme d'affaires Valentina Da Luz Gueboza, fille d'Armando Gueboza, la septième femme la plus puissante d'Afrique selon Forbes, dont le mari vient d'être écroué.

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