Donald Trump, après l’annonce spectaculaire de la capture du dirigeant vénézuélien, Nicolás Maduro, par les forces des États-Unis, a déclaré : « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ». Cette proclamation, aussi provocatrice que controversée, souligne une nouvelle phase dans l’affirmation de la puissance américaine, mais elle met aussi en lumière une compétition mondiale de grande envergure.
Aux côtés de Washington, Chine et Russie s’efforcent de consolider et d’étendre leurs sphères d’influence, dans un monde qui paraît de plus en plus multipolaire et instable. L'opération américaine au Vénézuela — qualifiée par Trump de « succès historique » — marque une intervention directe sans précédent dans l’histoire récente de l’Amérique latine. Elle a suscité des réactions internationales contrastées, depuis la condamnation du Organisation des Nations Unies pour violation du droit international jusqu’aux appels à une solution politique pacifique par plusieurs pays européens. Pour l’administration américaine, ce geste s’inscrit dans une stratégie plus large visant à restaurer et à renforcer l’hégémonie des États-Unis dans « son » hémisphère occidental, un concept hérité de la doctrine Monroe du XIXᵉ siècle et réactivé sous une forme modernisée.
Le secrétaire à la Défense des États-Unis a réaffirmé que la politique américaine place désormais la défense du continent américain au sommet de ses priorités, allant jusqu’à évoquer une « version renforcée » de cette doctrine. Cette démarche met l’accent sur la présence militaire accrue, la sécurité des routes maritimes stratégiques comme le canal de Panama, et un rôle plus affirmé dans les affaires intérieures des États voisins pour contrer les influences étrangères. Cette réorientation stratégique représente une rupture notable avec les politiques des administrations précédentes, qui, qu’elles soient démocrates ou républicaines, avaient tendance à répartir leurs efforts entre plusieurs régions du globe. La priorité donnée aujourd’hui à l’Amérique latine et aux Caraïbes s’inscrit dans une logique de compétition directe avec les ambitions croissantes de la Chine et de la Russie.
Pékin s’appuie sur des leviers puissants
La Chine apparaît aujourd’hui comme la grande puissance à l’influence mondiale la plus étendue. Pékin ne se contente plus d’être un acteur régional : sa présence se fait sentir dans presque toutes les régions du globe, du Pacifique Sud au Moyen-Orient, en passant par l’Afrique et l’Amérique latine. Dans ces zones, la Chine s’appuie sur des leviers économiques puissants, notamment son poids industriel sans égal. Près d’un tiers de tous les biens manufacturés dans le monde sont produits en Chine — des téléphones portables aux vêtements et meubles — ce qui confère à Pékin une influence économique profonde et durable.
Un autre atout majeur de la stratégie chinoise est sa quasi-domination des terres rares, ces éléments indispensables à la fabrication des technologies modernes — des smartphones aux éoliennes, en passant par les véhicules électriques et les systèmes d’armement. En contrôlant une grande partie de ce marché essentiel, la Chine se positionne comme un acteur incontournable pour l’avenir technologique du monde entier, transformant son avance économique en levier géopolitique.
La Russie, quant à elle, poursuit une stratégie d’influence différente, mais tout aussi significative. Sous la direction de Vladimir Poutine, Moscou s’est donné pour objectif de restaurer le rôle de la Russie sur la scène mondiale après des décennies de déclin perçu depuis la dissolution de l’Union soviétique, qu’il a qualifiée de « plus grande catastrophe géopolitique du XXᵉ siècle ». Cette vision, celle d’un État fort et central sur la scène internationale, nourrit sa politique envers ce que les stratèges russes appellent « l’étranger proche » : les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et d’Europe de l’Est. Pour Moscou, ces zones ne sont pas de simples voisins, mais des espaces dans lesquels la Russie considère avoir des intérêts légitimes à défendre, parfois même par la force.
Un triptyque aux répercussions énormes
Cette approche, bien que contestée par les États indépendants et la plupart des pays occidentaux, illustre l’ambition russe de jouer un rôle essentiel dans la création d’un ordre mondial multipolaire. Dans ce modèle, aucun État — pas même les États-Unis — ne détiendrait un monopole absolu de pouvoir ou d’influence. Des institutions et alliances comme l’Organisation de coopération de Shanghai, qui réunit la Russie, la Chine et plusieurs pays d’Eurasie, visent à offrir une alternative à l’alliance traditionnelle menée par Washington.
Cette trilogie géopolitique — États-Unis, Chine, Russie — est désormais au cœur des débats sur l’avenir de l’ordre mondial. Les États-Unis cherchent à réaffirmer leur leadership, en particulier dans leur « arrière-cour » de l’hémisphère occidental. La Chine déploie son influence à travers l’économie, les infrastructures, et une diplomatie intensive. La Russie, de son côté, défend des zones d’influence historiques et développe des partenariats pour affirmer sa puissance.
Les répercussions de ce triptyque seront énormes pour l’Europe, l’Afrique, l’Asie, et bien sûr pour l’Amérique latine. Elles redéfinissent les alliances, modifient les équilibres commerciaux, et posent des questions fondamentales sur la souveraineté, l’autodétermination et la légitimité du droit international. L’opération américaine au Venezuela, avec ses critiques et ses soutiens, symbolise ce moment historique où les grandes puissances se disputent non seulement des territoires ou des ressources, mais l’essence même de l’ordre mondial à venir.




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