Lors du Forum économique mondial de Davos 2026, l’intelligence artificielle s’est imposée comme l’un des thèmes centraux des débats, éclipsant parfois des sujets traditionnellement majeurs tels que les tensions géopolitiques, la concurrence internationale ou les politiques commerciales.
Les dirigeants de grandes entreprises technologiques, dont Microsoft, Anthropic et Google DeepMind, ont partagé leurs visions contrastées de cette technologie en pleine expansion, entre opportunités économiques, risques sociétaux et enjeux géopolitiques. L’année précédente, Davos avait été marqué par l’irruption de DeepSeek, une entreprise chinoise ayant lancé un modèle d’IA présenté comme aussi performant que ChatGPT, mais à moindre coût. En 2026, la discussion a évolué : il ne s’agit plus seulement de performances techniques, mais de déploiement à grande échelle, de gouvernance et de conséquences sur le travail et la société.
Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a insisté sur la nécessité de donner à l’IA une finalité concrète. Selon lui, la communauté internationale doit veiller à ce que cette technologie produise des bénéfices tangibles pour les individus, les communautés et les économies. Il a toutefois mis en garde contre une adoption inégale de l’IA à travers le monde, freinée par le manque d’accès aux capitaux et aux infrastructures. Nadella a souligné le rôle central des gouvernements dans la mise en place d’infrastructures critiques, comme les réseaux électriques et de télécommunications, sans lesquelles les investissements privés ne peuvent produire leurs effets.
De son côté, Dario Amodei, directeur général et cofondateur d’Anthropic, a exprimé un mélange d’enthousiasme et d’inquiétude. Estimant que l’humanité s’approche de capacités d’IA « incroyables », il considère néanmoins que les prochaines années seront déterminantes pour encadrer cette technologie. Il a évoqué les risques liés à l’intelligence artificielle générale (IAG), qui pourrait un jour égaler ou dépasser les capacités cognitives humaines. Dans ce contexte, il a défendu la restriction des ventes de puces avancées à la Chine, estimant que cela pourrait donner davantage de temps pour gérer les risques d’une IA incontrôlable. Amodei a également alerté sur l’impact potentiel de l’IA sur l’emploi, affirmant qu’elle pourrait supprimer jusqu’à la moitié des postes de col blanc en début de carrière.
À l’inverse, Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, s’est montré plus optimiste quant à l’avenir du travail. Il anticipe la création de nouveaux emplois « plus porteurs de sens », même si le recrutement de stagiaires pourrait ralentir à court terme. Pour les étudiants, il recommande de consacrer du temps à la maîtrise des outils d’IA, un investissement qu’il juge plus stratégique que les stages traditionnels. Toutefois, Hassabis reconnaît que l’arrivée de l’IAG, qu’il situe dans un horizon de cinq à dix ans, pourrait plonger le marché du travail dans un territoire largement inconnu. Tous s’accordent sur un point : la course mondiale à l’IA, nourrie par la rivalité géopolitique et la concurrence entre entreprises, ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. À Davos, l’appel à une coopération internationale et à des normes communes de sécurité a résonné comme une nécessité urgente pour garantir que le développement de l’IA serve durablement la société.


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