Le président sud-africain Cyril Ramaphosa (photo à dr.) a reçu son homologue malgache, le président Michaël Randrianirina (photo à g.), pour une visite de travail à Pretoria. La présidence sud-africaine a déclaré que cette rencontre avait permis aux deux dirigeants dont les pays sont membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), de discuter des relations bilatérales et des questions régionales d'intérêt commun.
Madagascar, la plus grande île d'Afrique australe participe aux efforts d'intégration régionale à travers la SADC axés sur le commerce, la sécurité et la coopération au développement. Par ailleurs, l'Afrique du Sud et Madagascar font partie des bénéficiaires de la reconduction de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA), votée récemment aux Etats-Unis, un canal d'échanges économiques que ces derniers avaient proposé en 2000 en Afrique.
Madagascar : Colonel Randrianirina, icône d'une recherche de stabilité et de croissance
La visite officielle du président Randrianirina à Prétoria a été précédée de la mise en place rapide d'une transition politique à Madagascar, la Grande Île ayant connu des épisodes d'instabilité politique répétés depuis son indépendance. L'ancien président Andry Rajoelina a été destitué en octobre 2025 à la suite d'une escalade des tensions politiques et de divisions au sein des forces armées, sur fond d'accusations d'autoritarisme et de mauvaise gouvernance.
Face à des pressions croissantes sur le plan social, politique et économique, Rajoelina a fui le pays, marquant un tournant décisif dans la crise. Son départ a ouvert la voie à un processus de transition dans lequel les hauts responsables militaires et les acteurs politiques ont joué un rôle central.
Le colonel Randrianirina, qui s'était imposé comme un critique virulent de Rajoelina, est devenu une figure clé de cette période. En novembre 2023, il a été arrêté, accusé d'avoir fomenté une mutinerie militaire et tenté un coup d'État. Il a été traduit en justice le jour même et détenu à la prison de Tsiafahy, un établissement de haute sécurité au sud d'Antananarivo, la capitale.
Il a été libéré en février 2024 après avoir écopé d'une peine avec sursis pour une accusation réduite liée à la sécurité de l'État, puis renvoyé au camp militaire CAPSAT, toujours à Antananarivo. Malgré la controverse entourant sa détention, les procédures judiciaires malgaches ont ensuite officialisé la transition politique.
Vers la fin de l'année 2025, la Cour constitutionnelle de Madagascar a confirmé le colonel Randrianirina dans ses fonctions de président, estimant que le processus qui avait conduit à son accession au pouvoir était conforme aux exigences constitutionnelles. La décision de la Cour a été considérée comme essentielle pour éviter une nouvelle instabilité dans la vie politique malgache. Par ailleurs, le Sénat vient d'être dissout, transférant l'ensemble du pouvoir législatif transitoire à l'Assemblée nationale malgache.
Afrique du Sud - Madagascar : 32 ans de relations économiques et diplomatiques
L'Afrique du Sud et Madagascar ont établi des relations diplomatiques en 1994 et ont signé plusieurs accords bilatéraux, notamment dans les domaines du transport aérien, du transport maritime marchand et des technologies. En matière de transport aérien, South African Airways et Madagascar Airlines, anciennement Air Madagascar, ont établi des accords permettant aux deux compagnies d'opérer régulièrement entre Johannesburg, Antananarivo et Nosy Be. En proie à des difficultés financières pendant et après la période du Covid, ces deux compagnies ont maintenu ces accords, leur ouvrant la voie de la croissance afin d'enrichir les échanges entre les deux pays d'Afrique australe.
Pour perpétuer ces liens, Pretoria a déjà exprimé son inquiétude quant à l'évolution de la situation politique à Madagascar en 2025, appelant au calme et au respect des processus démocratiques. L'Afrique du Sud a déclaré qu'il continuait à soutenir une résolution pacifique des difficultés politiques survenus sur la Grande Île, fondée sur la démocratie, l'État de droit et le développement durable.
Ainsi, cette rencontre de travail entre Ramaphosa et le colonel Randrianirina s'inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques régionaux en cours visant à renforcer les relations bilatérales tout en favorisant la stabilité et la gouvernance constitutionnelle en Afrique australe.
AGOA reconduit pour un an, l'Afrique doit adapter ses offres
L'AGOA, un accord économique fondamental entre l'Afrique et les États-Unis, a fait un premier pas vers sa réactivation, après avoir été adopté par la Chambre des représentants. Mais si l'AGOA est approuvé par le Sénat et promulgué, son renouvellement à court terme, pour un an, ne doit pas être considéré par les pays africains bénéficiaires comme un point d'intérêt à long terme. Les pays africains sélectionnés doivent continuer à se repositionner pour une nouvelle ère de relations commerciales entre les États-Unis et l'Afrique.
AGOA : différentiel de tarifs par pays et par secteur en 2025
En effet, les résultats sont mitigés, même si l'AGOA a joué un rôle crucial dans les relations économiques entre les États-Unis et l'Afrique depuis son lancement en 2000. L'accord offre aux pays africains subsahariens éligibles un accès en franchise de droits aux marchés américains pour plus de 1.800 produits et plus de 5.000 autres si l'on inclut le programme commercial du Système généralisé de préférences (SGP). Tout au long de son existence, l'AGOA a créé 300.000 emplois directs et 1,3 million d'emplois indirects en Afrique, ainsi que 100.000 emplois aux États-Unis, et a encouragé davantage les investissements sur le continent africain. En 2023, les importations américaines dans le cadre de l'AGOA, y compris le SGP, s'élevaient à 9,7 milliards de dollars.
Suivant les directives de Donald Trump, en septembre 2025, le Congrès américain a suspendu l'AGOA, malgré de nombreux efforts pour la renouveler, comme en décembre dernier. avec une campagne de lobbying menée par une coalition africaine d'hommes d'affaires, de responsables politiques et de dirigeants commerciaux américains et africains.
Les délégations de Madagascar, du Kenya, du Lesotho et de Tanzanie étaient attendues en 2025 à Washington pour faire pression en faveur du renouvellement de l'AGOA. En réponse à ce lobbying, l'administration Trump a déclaré qu'elle soutient une prolongation d'un an du programme, malgré son expiration prévue à la fin de 2028. Contrairement à ses prédécesseurs, Donald Trump voudrait mettre en place une politique de négociations commerciales plutôt orientée sur les accords bilatéraux, privilégiant des échanges particuliers dépendant des offres de chaque pays d'Afrique sélectionné dans l'AGOA.
Ce principe imposé par Trump rappelle la campagne qu'il mène actuellement auprès de chaque pays de l'Europe et d'Asie, avançant la négociation au cas par cas en matières de tarifs et de taxes douanières, remettant frontalement en cause les accords diplomatiques et économiques passés sous l'égide d'institutions comme l'Union européenne, l'Union africaine, ou autres.
Même si l'AGOA est renouvelé, les pays africains bénéficiaires pourraient ne plus être éligibles au régime préférentiel. L'Afrique du Sud, par exemple, en est l'un des principaux bénéficiaires. En 2023, l'Afrique du Sud était le deuxième exportateur africain vers les Etats-Unis et le premier exportateur de produits pétroliers, à part le pétrole brut. Mais les relations entre les États-Unis et l'Afrique du Sud se sont fortement détériorées. Trump a imposé des droits de douane de 30 % sur les produits sud-africains, il a refusé de participer à la réunion du G20 à Johannesburg et a annoncé son intention d'exclure l'Afrique du Sud du G20 2026 à Miami. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a informé au Sénat que l'administration Trump était disposée à accorder à l'Afrique du Sud un « traitement différent » dans le cadre d'un éventuel renouvellement de l'AGOA.
Les autres bénéficiaires de l'AGOA devraient prendre note de la situation complexe dans laquelle se trouve l'Afrique du Sud. Mais la prolongation de l'AGOA devrait offrir aux pays africains une occasion unique de revoir leurs offres face à la politique économique étrangère des États-Unis. Car il ne s'agit que d'une mesure provisoire, et l'Afrique devrait continuer à rééquilibrer ses relations économiques unilatérales avec les États-Unis afin qu'elles deviennent mutuellement avantageuses. Elle ne devrait pas considérer que le retour de l'AGOA marque le retour à la normale entre le continent et les États-Unis.
En effet, les négociations qui ont suivi l'application des droits de douane dits « Liberation Day » ont montré que Washington cherche à promouvoir ses intérêts par le biais d'accords commerciaux bilatéraux plutôt que d'accords régionaux ou multipartites. Les pays africains, notamment ceux qui sont riches en minerais, pourraient tirer parti de cette politique des États-Unis pour conclure un accord commercial sectoriel, en particulier pour les minerais essentiels. Ce genre de négociation pourrait renforcer la position des différents pays africains et empêcher que les accords sur les minerais ne soient intégrés dans les négociations de paix ou liés à d'autres questions non commerciales.
Cela dit, tout nouvel accord commercial devrait préciser que les produits éligibles sont exemptés des droits de douane de la Libération Day. En l'absence d'accord, des droits supplémentaires pourraient encore placer les produits africains dans une situation de désavantage concurrentiel sur le marché américain, même si l'AGOA est renouvelée. En outre, le retour à l'AGOA ne devrait pas susciter une faux espoir pour le continent, car l'Afrique n'a pas su tirer pleinement parti de ses préférences commerciales depuis sa mise en place.
Des résultats de recherches ont démontré que l'AGOA était sous-utilisée pour diverses raisons. Parmi celles-ci figuraient le fait qu'une part importante des exportations africaines vers les États-Unis bénéficiait déjà d'une exemption de droits de douane, et que certains produits avaient été totalement exclus des préférences de l'AGOA en raison d'un manque de capacités internes pour se conformer aux normes américaines et d'une méconnaissance des processus et de la documentation de l'AGOA.
Ainsi, bien que le renouvellement de l'AGOA constituerait une avancée positive dans les relations entre les États-Unis et l'Afrique, les pays africains doivent néanmoins viser au-delà des États-Unis pour assurer une croissance économique durable à long terme. Ils devraient diversifier leurs destinations d'exportation en explorant d'autres marchés lucratifs, tels que l'Union européenne et ses accords de partenariat économique, ainsi que ses cadres pour les pays à faible revenu et les pays les moins avancés. Une autre option est l'offre de la Chine d'un accès au marché en franchise de droits et sans contingent pour les produits des pays africains, à l'exception de l'Eswatini, qui maintient des relations diplomatiques avec Taïwan.
Les pays africains doivent également continuer à appuyer leurs efforts pour stimuler le commerce intra-africain par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), notamment en respectant leur engagement à éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires. Comme l'avenir de l'AGOA est incertain, l'avenir des relations globales avec les États-Unis l'est également, et le continent devrait profiter de cette occasion pour ajuster ses perspectives et mieux planifier l'avenir.
C'est dans ce sens que l'Afrique du Sud et Madagascar ont appuyé dès janvier 2026 la normalisation de leurs relations avec cette visite officielle du colonel Randrianirina auprès de son homologue sud-africain, Ramaphosa. Transports, énergies, agriculture, et politique étrangère. Les deux pays ont en effet tout intérêt à renforcer leurs liens économiques et politiques dans un monde redevenu multipolaire, où l'Afrique du Sud joue un rôle prépondérant sur le continent en tant que membre fondateur des BRICS, une plateforme multilatérale de plus en plus puissante, face à une Europe vieillissante et une Amérique trop confiante.



0 Commentaires