La croissance économique de l’Afrique subsaharienne devrait atteindre 4,3 % en 2026, contre 4,1 % en 2025. Dans ses nouvelles projections publiées le 6 octobre, la Banque mondiale relève de 0,3 point son estimation d’avril, portée par des résultats meilleurs qu’attendu dans une grande partie de la région. Cette amélioration intervient néanmoins dans un environnement international incertain, marqué par les tensions géopolitiques, les chocs climatiques et des crises sanitaires localisées.
Selon le rapport Africa Economic Update de la Banque mondiale, près des trois quarts des pays de la région ont bénéficié d’une révision à la hausse de leurs perspectives de croissance. Cette évolution témoigne d’une dynamique plus solide que prévu, même si ses effets sur les conditions de vie des populations restent limités. En 2026, l’activité devrait s’accélérer dans 21 pays d’Afrique subsaharienne par rapport à l’année précédente. La progression médiane atteindrait 0,8 point de pourcentage, avec des hausses particulièrement marquées en Guinée équatoriale, au Botswana, en Zambie, en Angola et en République du Congo.
Au total, 23 des 47 pays de la région devraient dépasser leur rythme annuel moyen de croissance enregistré entre 2000 et 2019, avant la pandémie, avec un écart moyen de 1,4 point. Ces performances reposent sur plusieurs facteurs : la hausse des prix de certaines matières premières, le redressement de la production agricole et la vigueur de la demande intérieure. Les exportateurs de pétrole, notamment le Nigeria, l’Angola et la République du Congo, profitent de conditions plus favorables sur certains marchés. D’autres économies tirent davantage parti de la reprise agricole et de la consommation intérieure. L’Angola, l’Éthiopie, le Nigeria et la Zambie figurent parmi les pays dont les perspectives ont été revues à la hausse.
Cette amélioration ne tient toutefois pas uniquement à des facteurs conjoncturels. La Banque mondiale souligne les effets progressifs des réformes économiques engagées ces dernières années. Dans plusieurs pays, les politiques monétaires ont contribué à contenir l’inflation, tandis que les efforts d’assainissement budgétaire ont amélioré les équilibres financiers publics, notamment en Éthiopie, au Bénin et au Rwanda. Le maintien d’un commerce international relativement dynamique a également soutenu l’activité. Les investissements dans les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques stimulent par ailleurs la demande en minerais critiques, ouvrant des perspectives d’exportation pour plusieurs économies africaines.
Cette trajectoire reste cependant exposée à plusieurs menaces. Une intensification du conflit au Moyen-Orient pourrait prolonger la hausse des coûts des carburants, des engrais et des produits alimentaires. Les phénomènes climatiques extrêmes, notamment une éventuelle intensification d’El Niño, risquent également de perturber les récoltes et de fragiliser les revenus agricoles. Les crises sanitaires, dont l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, ajoutent une incertitude supplémentaire. Surtout, la progression du produit intérieur brut ne se traduit pas encore suffisamment par une amélioration des conditions de vie. La Banque mondiale estime que le taux d’extrême pauvreté devrait reculer légèrement, de 47,8 % en 2026 à 47,1 % en 2027, selon le seuil international de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat de 2021.
Le nombre absolu de personnes pauvres devrait néanmoins continuer d’augmenter. La croissance démographique absorbe ainsi une partie des gains économiques, tandis que la création d’emplois demeure insuffisante face à l’arrivée de nouveaux actifs sur le marché du travail. Nombre d'observateurs qui ont réagi suite aux nouvelles projections de la Banque mondiale ont d'ailleurs noté que pour l’Afrique subsaharienne, le défi dépasse la seule accélération de la croissance. Il consiste désormais à transformer les performances macroéconomiques en emplois durables, en revenus plus élevés et en réduction tangible de la pauvreté.


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