vendredi 31 octobre 2014

France : un meurtre « indélébile »

Les opposants écologistes au barrage de Sivens Photo DR

Par Nicolas Marmié JDE


Poisse, « déveine » (Larousse).  Quelle autre comparaison envisager  face à l’avalanche de mauvaises nouvelles qui s’accumulent sur l’exécutif français et, noblesse oblige, à son chef, le président François Hollande ? La mort de Rémi Fraisse, jeune militant écologiste de 21 ans, risque fort de marquer un tournant dans le mandat déjà calamiteux du locataire de l’Elysée. Les conclusions provisoires de l’enquête ont conclu à l’usage d’une grenade létale par les forces de gendarmerie mobile contre des opposants à la construction d’un barrage hydraulique à Sivens, dans le Tarn. Jamais violences sécuritaires n’avait abouti à un tel drame contre un civil depuis 1986 et la mort de l’étudiant Malik Oussekine à Paris.
 Même les plus fidèles du chef de l’Etat commencent à s’interroger sur une éventuelle crise de régime. Connue pour son vert parler,   l’ancienne ministre du logement Cécile Duflot  a comparé cette énorme bavure  à « une tache indélébile sur l’action du gouvernement ». Après les remous musclés sur l’Ecotaxe, une réforme emblématique de la transition énergétique à laquelle François Hollande se disait « profondément  attaché » et le départ de ses ministres écologistes, le torchon brule désormais entre des Verts toujours aussi divisés et une majorité socialiste en voie de déliquescence.  Certes, il ne s’agit « que » de la mort d’un jeune homme titulaire d’un diplôme de gestion et protection de l’environnement qui va vraiment mettre en péril les institutions républicaines. Mais quand même, les politiques s’enflamment à juste titre. Une manifestation d’écologistes, même infiltrée par des   radicaux et des provocateurs , mérite-t-elle en 2014 l’équipement des forces de sécurité d’un matériel susceptible de donner la mort de façon fulgurante ? Un barrage coûteux, démesuré,  écologiquement ravageur et qui devait, au mieux, servir les intérêts d’une cinquantaine d’agriculteurs valait–il un tel déploiement de force ? A Nantes, l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault est en train de pleurer sur la mort programmée de son nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes pour cause de cécité devant la colère d’une nouvelle génération qui considère que la France n’est pas qu’un tapis de Monopoly. Chez Areva, l’un des leaders mondiaux du nucléaire, les dirigeants se rongent les ongles après quatre ans de retard dans la construction à Flamanville de l’EPR (réacteur pressurisé européen), centrale de troisième génération dont le budget frôle les 10 milliards d’euros quand la France doit faire l’aumône à Bruxelles pour faire passer son budget. Les activistes du développement durable sont déjà en guerre contre ce projet pharaonique et le conflit promet d’être très viril.  Elu de justesse par la grâce d’un rejet de la vision « tolérance zéro »  en matière sécuritaire de Nicolas Sarkozy, François Hollande peut-il encore prétendre à la vision d’une France apaisée et « normale » après un tel dérapage ? « La jeunesse est extrêmement inflammable. L’accumulation d’erreurs professionnelles de certains au  gouvernement pourrait coûter cher à la sortie et la situation devenir hors de contrôle »  juge  lucidement le député PS Malek Boutih. En 2010, en Tunisie, un seul mort, le jeune vendeur Mohamed Bouazizi, a fait basculer le Proche-Orient dans une spirale de déstabilisation. Le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve,  exclut publiquement, à l’heure où ces lignes sont écrites, toute idée de démission. Mais, même  François Hollande,  sait que le l’horloge de l’Histoire ne se règle pas toujours à l’Elysée.

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