mardi 19 mai 2015

Le big bang des banques africaines selon Lionel Zinsou

Lionel Zinsou, président de PAI Partners
Journal de l'Economie | Insight Desk
Les banques africaines connaissent actuellement un basculement sans précédent. Des logiques de concentrations et de partenariats se forment et tous les secteurs d'activités de l'Afrique misent sur une ouverture des capitaux attendue depuis toujours sur le continent. Ce basculement pourrait s'expliquer par deux points.
Le premier point est la croissance économique de 5% attendue sur toute la région subsaharienne. Comme il a été repris dans nos colonnes dernièrement, cette croissance se fera seulement en intégrant tous les secteurs d'activités : infrastructure, transports, logistiques, distributions, tourisme, mines et pétrole, ... Ces secteurs connaissent tous actuellement une période de surchauffe et les majors mondiaux, de l'Occident et de l'Orient, sont à l'affût de toute forme d'ouverture : investissements, ouverture de capitaux et participations, joint-venture, ...

Le deuxième point se repose sur un fait. Les bailleurs de fonds institutionnels, Banque Mondiale et Fonds Monétaire International (FMI) en tête, ont raté le tournant vers la croissance de l'Afrique. Ils ont financé et endetté le continent sans accompagner les vrais projets de croissance. Certains pays subsahariens veulent se tourner vers d'autres partenaires. Certes, la SFI (Société Financière Internationale), la branche financière de la Banque Mondiale, a su diversifié son portefeuille en Afrique subsaharienne mais d'autres acteurs plus agressifs étaient nés vers les années 2010, après la crise financière mondiale de 2008. Il s'agit de la Banque des BRICS, dirigée par l'indien Kundapur Vaman Kamath et dotée de 50 milliards de dollars de capacité initiale que les pays fondateurs, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, veulent étendre à plus de 100 milliards de dollars. La Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII), tirée par la puissance de la Chine liée à l'Inde, a suivi peu après. La BAII veut profiter de la présence croissante de l'Inde et de la Chine en Afrique, et notamment de leur expertise sur les investissements dans les grandes infrastructures africaines.

Dans un entretien avec Financial Afrik, Lionel Zinsou, président de PAI Partners et ancien directeur Moyen Orient et Afrique de la banque Rothschild, parle en connaisseur. Zinsou évoque les grands projets d'infrastructures conçus dans plusieurs pays, à l'exemple de Tanger Méditerranée au Maroc qui réalise 40% du trafic avec le reste de l'Afrique et 15% avec l'Europe, y compris les installations off-shore que le site comporte. Renault-Nissan y est présent avec des unités de production. La zone profite à la région du Sud de l'Europe et au Maghreb, mais aussi aux autres pays africains environnants. Et pour cause, le Sénégal et la Mauritanie viennent d'être reliés par un nouveau pont. Le Mali s'ouvre avec tous ses voisins par les nouvelles routes et les voies ferrées. La Guinée installe une nouvelle centrale électrique qui pourrait alimenter tous ses voisins. Au centre de l'Afrique, les pays du Grand Lac finance l'installation d'une centrale hydroélectrique pour toute la zone. Et à l'autre bout du continent, Madagascar avance sur l'agrandissement du port de Tamatave, à l'Est, et la rénovation de ses aéroports internationaux d'Antananarivo et de Nosy-Be.

Mais toutes ces infrastructures ont toutes été possibles à réaliser grâce à une étape que l'Afrique a su négocier en se décomplexant : le financement. Pour s'y faire le visage des banques de développement en Afrique a évolué suivant les demandes. Lionel Zinsou explique :

"Il y a des financements à long terme sur des horizons de 30 à 50 ans adaptés à la construction de grands ouvrages comme les centrales électriques, les projets Telecoms et les infrastructures. Il y a certes un chaînon manquant car tous les projets ne sont pas immédiatement rentables. Pour exploiter les ressources minières enclavées, les chemins de fer sont nécessaires. Des moyens palliatifs comme l’aide publique sont parfois nécessaires. Les grands pays émergents ont tous fait recours aux Eurobonds pour se financer. Il faut des instruments financiers adaptés permettant d’associer le privé et d’obtenir des différés de remboursement et des maturités longues.

L’épargne constitue entre 15 et 20% du PIB africain, soit deux fois le niveau japonais, quatre à cinq fois l’Amérique du Nord. C’est toutefois moins que la Chine qui épargne l’équivalent de 40% de son PIB. Il faut dire aussi qu’il y a des variations d’un pays à l’autre. Les pays exportateurs de pétrole ou disposant d’une rente minière ont des surplus et peuvent faire face aux dépenses courantes voire réserver une partie pour les générations futures. L’exemple le plus achevé est le fonds diamant du Botswana. Il y a l’épargne des entreprises tirée de leurs profits et l’épargne des ménages très peu utilisée. Par le passé, l’épargne détenue dans les banques ne finançaient que les crédits de campagne agricole et jamais par exemple les logements, contrairement à l’Afrique du Nord et l’Afrique Australe.
Encore aujourd’hui, en Afrique intertropicale, les banques n’accordent que des financements à court terme. Par le passé, il fallait toujours s’endetter à l’étranger avec de la monnaie forte pour réaliser des projets. Maintenant, l’on assiste à une certaine sophistication avec l’utilisation du marché financier. L’on sent une certaine profondeur de l’épargne. Toutes les obligations émises récemment ont été sur-souscrites. L’épargne oisive devient peu à peu active. Néanmoins, le total des actifs financiers (actifs bancaires, actions et obligations) représente seulement une fois le PIB du continent. Ce n’est pas assez comparé aux pays avancés où ces actifs représentent quatre fois le PIB. L’on observe en outre un certain déséquilibre entre les 23 Bourses actives en Afrique. A elle seule, l’Afrique du Sud représente les deux tiers des actifs financiers du continent. Cela dit, la tendance générale est positive. D’une manière générale, la mobilisation de l’épargne s’intensifie avec le développement des banques panafricaines. Le micro-crédit joue un rôle non négligeable dans la mobilisation de cette épargne africaine.
L’idée qu’on a développé avec Tidiane Thiam, Hubert Vedrine, Jean-Michel Severino et Hakim El Karaoui est que les vrais acteurs du changement sont les sociétés civiles. Et dans l’expression «sociétés civiles», il y a les entreprises. Qui aurait pu imaginer, il y a vingt ans, que la marocaine Attijariwafa Bank sera la première banque de la zone CFA, qu’Ecobank, capitaux à dominance sud-africaine et nigériane, allait être le premier réseau panafricain, que la BMCE allait prendre le contrôle de la BOA et être la première banque du Mali et du Benin? Personne n’aurait imaginé ce scénario. Tous pensaient que cela se jouerait entre le Crédit Lyonnais vendu à Attijariwafa Bank en ce qui concerne sa partie africaine, la standard Chartered et la Barclays. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. C’est Stanbic de l’Afrique du Sud, Absa et BMCE Bank qui se sont développées. Il faut encore s’attendre à des surprises."

Aucun commentaire:

N E W S

Nosy-Be : Alpitour mise gros sur la gestion d'Andilana Beach après sa rénovation

Nosy-Be : Alpitour mise gros sur la gestion d'Andilana Beach après sa rénovation
La présence du groupe Alpitour dans la gestion d'Andilana Beach Resort, dirigé jusqu'ici par Andrea Aiolfi, transformera totalement l'hôtel et la destination Nosy-Be.

Graphiques | Juin 2017

Graphiques | Juin 2017
Panorama sur le mois

Madagascar : hausse de production de 130% sur le marché de l'AGOA

Madagascar : hausse de production de 130% sur le marché de l'AGOA
La Douane américaine et la Direction de la Douane malgache ont affiné les textes règlementaires pour appuyer les entreprises malgaches agréées au système AGOA.

Océan Indien : Air Corail jette l'éponge, Air Madagascar confirme, Air Seychelles performe

Océan Indien : Air Corail jette l'éponge, Air Madagascar confirme, Air Seychelles performe
La concurrence des compagnies géantes du Golfe et d'Europe rebat la carte du secteur aérien sur l'Océan Indien. Les challengers doivent se relancer pour faire face

London Golden Bean Award 2017 : l'or pour la Chocolaterie Robert

London Golden Bean Award 2017 : l'or pour la Chocolaterie Robert
Depuis 1940, la Chocolaterie Robert a développé sur l'international ses activités, surfant sur la qualité du cacao de Madagascar.

Distribution pétrolière : Rubis renforce la présence française sur l'Océan Indien

Distribution pétrolière : Rubis renforce la présence française sur l'Océan Indien
Avec Galana, leader du secteur à Madagascar, et SRPP, détenant le monopole à la Réunion, Rubis contrôle une capacité de 510.000m3 sur l'Océan Indien.

Titres et Archives