mercredi 22 juillet 2015

Vezo de Madagascar : gap sur les poulpes

Pêcheurs Vezo à Madagascar - Photo : DR







Journal de l'Economie | Insight Desk
MORONDAVA (Madagascar), 21/07/15 (journaldeleconomie.com) -- Les pêcheurs traditionnels Vezo du sud-ouest de Madagascar ont les mêmes préoccupations que les autres pêcheurs d'autres régions du monde : ils veulent obtenir le maximum de rentabilité sur leur activité. Mathématiquement, cela signifie attraper autant de prises que possible sur chaque saison. Mais cette logique humainement compréhensible ramène à l'effondrement de nombreuses ressources sauvages au niveau mondial. Actuellement, selon les analystes de Blue Ventures, 87% de ces ressources de pêche sont surexploitées.

Cette situation de surexploitation combinée au changement climatique mondial sont les causes locales de la dégradation de l'environnement, et provoquent l'effondrement des ressources de pêche. Il faut noter que des peuples, comme les Vezo, en dépendent exclusivement. Mais les Vezo ont réussi à prouver qu'il y a une manière de faire face à cet effondrement et aussi à la pauvreté grâce à la bonne gestion de l'environnement locale qui dépend de chaque communauté. Ces pêcheurs du Sud-ouest de Madagascar ont démontré lors d'une longue expérience qu'ils peuvent augmenter leur gain en laissant se reposer plus longtemps leurs prises dans la mer. En effet, en fermant environ 20% de leurs zones de pêche de poulpes pendant deux ou trois mois, on peut constater que les Vezo ont pu attraper plus de poulpes et mieux rentabiliser leurs prises, malgré les fermetures saisonnières de la pêches en mer. 

Blue Ventures a mené une expérience sur toute la zone couverte par la pêche du peuple Vezo, dans le Sud-Ouest de Madagascar. Pendant une expérience de huit ans de dossiers sur cette zone, des sites de pêche ont été temporairement fermés sur huit saisons. Ces périodes de fermeture ont duré à chaque fois au moins 60 jours sur 20% des zones de pêche de poulpes. On a pu par la suite constater que les captures de poulpes sur zones ont augmenté de 718% au cours des 30 jours suivant leur réouverture, après les 60 jours de période fermeture pour chaque saison. Cela a apporté une augmentation de 87% des captures pour chaque pêcheur dans ces mêmes zones.

Pour plusieurs villages concernés par cette mise en œuvre d'une période de fermeture de 60 jours, leur revenu dans la pêche de poulpes a plus que doublé au cours des périodes focales de 30 jours après fermeture. Et les pêcheurs n'ont constaté aucune baisse significative de revenus pendant la période de fermeture. Ceci grâce à la marge des 80% de zones restants de leurs zones de pêche qui étaient toujours exploitables. La valeur des poulpes constatés dans les sites ayant connu les périodes de fermeture a augmenté de 81% à chaque fin de période de fermeture. Ce n'est pas toutes les zones côtières occupées par les Vezo qui ont connu ces fermetures périodiques. Des phénomènes de braconnage ont été constatés dans des villages pour des raisons évidentes d'économie. Mais 75% de la région ont produit un bénéfice lors de cette expérience. Dans l'ensemble, les pêcheurs Vezo ont appris à prendre soin des ressources naturelles, le principal capital de départ dans leur activité. Cette expérience a commencé par une seule fermeture d'un site de pêche dans un village en 2004. Le succès connu par ce village a emmené plus de 250 villages longeant toute la côte sud-ouest de Madagascar à adhérer à cette expérience de fermetures périodiques. 

Cette expérience a inspiré les pêcheurs et les villages de toute cette région. Les communautés Vezo y ont trouvé un début de solution à la survie de leurs ressources. Ils ont commencé à prendre des mesures de conservation plus ambitieuses pour le long terme. Ils ont élargi les fermetures périodiques dans tous les habitats se trouvant dans les mangroves. Les villages de pêcheurs se sont regroupés pour gérer les eaux côtières en formant des aires marines gérées localement. Dans ces zones, la pêche non-contrôlée est interdite et d'autres zones sont temporairement fermées jusqu'à nouvel ordre, jusqu'au rétablissement des ressources qui se trouvaient dans ces habitats clés. Certaines de ces zones ont été déclarées aires marines protégées et sont gérées par le gouvernement central. Auparavant, les pêcheurs traditionnels n'avaient pas le droit formel de contrôler leurs lieux de pêche ancestraux. Mais des textes ont été promulgués pour leur permettre de gérer directement les zones marines protégées. Le gouvernement leur a donné un mandat pour gérer ces ressources qui forment leurs principaux moyens de subsistance.

Environ 820 millions de personnes sur la planète, soit 12% de la population mondiale, dépendent de la pêche et de l'aquaculture. Pour la plupart, ce sont leurs moyens de subsistance. 87% de ces personnes travaillent dans la pêche sauvage et vivent dans les pays en développement. La plupart sont des pêcheurs à petite échelle. Il faut en outre noter que les fruits de mer sont les principales sources de protéines pour plus d'un milliard de personnes. La surexploitation des ressources naturelles et le changement environnemental mondial menacent des récifs dans le monde entier. La gestion durable des récifs coralliens est essentielle pour protéger à la fois la biodiversité de ces récifs et la sécurité alimentaire de centaines de millions d'habitants des zones côtières. L'expérience des fermetures temporaires des zones de pêche et la mise en place d'aires marines protégées gérées par les communautés locales qui ont suivi, sont une nouvelle étape vers un avenir plein d'espoir pour la pêche mondiale.

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