mardi 29 décembre 2015

Piketty, un résumé après 696 pages

Thomas Piketty, auteur de "Capital au 21è siècle", dans son bureau - Photo : DR





Journal de l'Economie | The Economist | Tsirisoa Rakotondravoavy 

PARIS, 27/12/15 (journaldeleconomie.com) - Il aura fallu plus d'un an, et une longue lecture de 696 pages, pour que je tombe sur un résumé du pavé de l'économiste français Thomas Piketty. The Economist a en fait publié un résumé de l'ouvrage "Le Capital au XXIè siècle", sur lequel je suis tombé par hasard, un an et demi après le début de ma lecture. Un résumé qui tient sur... quatre paragraphes dont voici une traduction libre.

C'est "le livre d'économie" qui a surpris le monde en pleine tempête post-crise. "Le Capital au XXIe siècle", ou "Capital" pour faire court, a été publié en français et en anglais en mars 2014. La version anglaise est devenue rapidement un best-seller contre toute attente. Le livre a suscité un débat énergique : un focus exhaustif sur l'inégalité économique mondiale. Certains estiment qu'il peut entraîner un changement profond sur la réflexion de la politique économique, notamment dans des questions de répartition des richesses. The Economist a par ailleurs salué Piketty comme "le Marx moderne". 

«Capital» a été rédigé sur plus d'une décennie de recherches par Thomas Piketty et une petite équipe d'autres économistes, détaillant les changements historiques à propos de la concentration des revenus et des richesses. Cet agrégat de données permet Piketty d'esquisser l'évolution des inégalités depuis le début de la révolution industrielle. Au 18è et 19è siècle, la société européenne occidentale était déjà très inégale. La richesse privée constituait essentiellement le revenu national et était concentrée dans les mains des familles riches qui se sont assis au sommet d'une structure de classe relativement rigide. Ce système a perduré alors que l'industrialisation a contribué progressivement à la hausse des salaires des travailleurs. Seul, le chaos des deux Guerres mondiales et la Grande Dépression des années 1920 a perturbé ce modèle. Les impôts un peu plus élevés, l'inflation, les faillites, et le recours à l'Etat-providence tentaculaire ont créé la richesse et ont diminué de manière spectaculaire les inégalités, et ont inauguré une période durant laquelle les revenus et la richesse ont été distribués de façon relativement égalitaire. Mais le krach du début du 20è siècle a tout détruit et la richesse non-partagée a nouveau réapparu. Sur de nombreuses mesures, Thomas Piketty estime que l'importance de la richesse dans les économies modernes atteint des niveaux jamais égalés avant la Première guerre mondiale.

De l'histoire contemporaine, Piketty tire une grande théorie du capital et de l'inégalité. "En règle générale, la richesse croît plus vite que la production économique", a-t-il expliqué, un concept qu'il capture dans la formule simple r> g, où r est le taux de rendement à la richesse et g est le taux de croissance économique. Toutes choses étant égales, accélérer la croissance économique va diminuer l'importance de la richesse dans une société, tandis que la croissance plus lente va augmenter, et le changement démographique qui ralentit la croissance mondiale fera plus de capital dominant. Mais il n'y a pas de forces naturelles qui s'opposent à la concentration constante de la richesse. Seule une poussée de croissance rapide, à travers un progrès technologique ou une population en augmentation rapide, ou l'intervention du gouvernement, pour revenir au "capitalisme patrimonial", qui inquiétait Karl Marx. Thomas Piketty conclut le "Capital" en recommandant que les gouvernements interviennent désormais, en adoptant une taxe mondiale sur les richesses, pour empêcher la flambée des inégalités en contribuant à l'instabilité économique ou politique en cours.

Sans surprise, le livre a attiré beaucoup de critiques. Certains se demandent si Piketty est en train de prévoir un avenir qui ressemblera toujours au passé. Sa théorie met en avant qu'il serait de plus en plus difficile de gagner un bon revenu. Or les super-riches d'aujourd'hui gagnent de plus en plus leur richesse par le travail, plutôt que par héritage. D'autres soutiennent que les recommandations de politique générale de Thomas Piketty sont plus idéologiques qu'économiques et pourraient faire plus de mal que de bien. Mais beaucoup de sceptiques ont néanmoins félicité ses contributions dans l'ouvrage, en termes de données et d'analyses. Piketty peine à changer la politique économique globale, mais il aura influencé la façon dont des milliers de lecteurs et de nombreux économistes pensent des questions économiques contemporaines.

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