Depuis l’opération américaine au Venezuela et la capture puis l’exfiltration de Nicolás Maduro, l’Amérique latine entame une période d'ébullition politique et diplomatique. Cet événement, inédit dans l’histoire récente de cette partie du monde, a provoqué une onde de choc dont les répercussions dépassent largement les frontières vénézuéliennes.
Au Venezuela même, le vide du pouvoir a plongé le pays dans une situation tendue. Si certains secteurs de la population ont accueilli la nouvelle avec espoir, y voyant la fin d’un régime autoritaire et d’une longue crise économique, d’autres dénoncent une atteinte flagrante à la souveraineté nationale. Les forces armées, pilier du régime chaviste, se retrouvent divisées entre loyauté idéologique, pression populaire et incertitude quant à l’avenir politique du pays. Dans ce contexte, la transition apparaît fragile, menacée par des risques de chaos institutionnel ou de luttes internes pour le pouvoir.
Sur le plan régional, les réactions ont été immédiates et contrastées. Des gouvernements proches de Washington ont salué une opération qu’ils présentent comme un acte décisif en faveur de la démocratie et de la stabilité. À l’inverse, plusieurs pays d’Amérique latine ont fermement condamné l’intervention américaine, la qualifiant de violation du droit international et craignant un dangereux précédent. Cette fracture ravive des tensions idéologiques anciennes entre partisans d’une intégration régionale indépendante et défenseurs d’une coopération étroite avec les États-Unis.
L’opération américaine relance également le débat sur le rôle de Washington en Amérique latine. Pour ses détracteurs, elle rappelle les interventions du XXe siècle, souvent associées à des périodes de dictatures, de conflits internes et de dépendance politique. Pour ses partisans, elle marque au contraire une volonté de mettre fin à des régimes jugés illégitimes et responsables de graves crises humanitaires. Cette opposition de narratifs complique toute tentative de réponse collective au niveau régional. Et les conséquences économiques ne se sont pas fait attendre. Les marchés financiers de plusieurs pays voisins ont réagi avec nervosité, tandis que les flux migratoires en provenance du Venezuela pourraient connaître de nouvelles fluctuations. Les pays d’accueil, déjà sous pression, s’inquiètent d’une aggravation de la situation humanitaire si la transition politique vénézuélienne devait s’enliser.
Vers une redéfinition des équilibres politiques régionaux ?
Nombre d'observateurs soutiennent que cette crise pose une question centrale pour l’avenir de l’Amérique latine : celle de sa capacité à gérer ses propres problèmes sans intervention extérieure. La capture et l’exfiltration de Maduro pourraient marquer un tournant, soit vers une redéfinition des équilibres politiques régionaux, soit vers une période prolongée d’instabilité et de méfiance. Une chose est certaine : l’événement a ouvert une nouvelle page de l’histoire latino-américaine, dont l’issue reste encore largement incertaine. Notons que les dirigeants d’Amérique latine ont majoritairement condamné le raid américain mené à Caracas dans la nuit de vendredi à samedi, à l’exception des alliés de Donald Trump tels que le président argentin Javier Milei. De son côté, la Chine s’est dit «profondément choqué » et a « condamné fermement le recours flagrant à la force par les États-Unis contre un État souverain et leur action contre son président ».
L’Union européenne a, pour sa part, insisté sur le respect du droit international au Venezuela. Sur le réseau X, la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas a dit avoir appelé à la « retenue », lors d’un échange au téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a, elle, réclamé une « transition pacifique et démocratique » au Venezuela. « Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies », a-t-elle soutenu sur X. Enfin, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est inquiété « que le droit international n’ait pas été respecté », déplorant un « dangereux précédent » et appelant « tous les acteurs au Venezuela à engager un dialogue inclusif, dans le plein respect des droits de l’Homme et de l’État de droit ».


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