La crise provoquée par la fermeture du détroit d’Ormuz depuis février 2026 a profondément perturbé le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL). Pour l’Afrique, cette situation produit des effets contrastés : alors que plusieurs pays consommateurs subissent la hausse des prix et réduisent leurs achats, certains producteurs du continent ont bénéficié du déplacement d’une partie de la demande mondiale vers des sources alternatives.
Cette situation est analysée dans le Global Gas Report 2026, publié le 26 août par l’Union internationale du gaz (IGU). Le rapport souligne les conséquences de la réduction des exportations en provenance du Golfe persique et la recomposition des flux internationaux de GNL qui en a résulté. La demande africaine de gaz, qui avait progressé de 6 milliards de mètres cubes (Gm³) en 2025, soit une hausse annuelle de plus de 3,4 %, a pratiquement stagné en 2026. Selon les données citées dans le rapport, elle n’aurait augmenté que de 0,3 Gm³ depuis le début de l’année. Les marchés africains figurent parmi les plus sensibles à l’évolution des prix internationaux du gaz. Face au renchérissement des importations, plusieurs acheteurs ont été contraints de réduire leur consommation ou de se tourner vers des sources d’énergie moins coûteuses.
Cette vulnérabilité concerne également plusieurs économies émergentes d’Asie. L’Égypte illustre particulièrement les conséquences financières de cette situation. Selon les données mentionnées dans le rapport, la facture mensuelle du pays pour ses approvisionnements en gaz est passée de 560 millions de dollars à environ 1,65 milliard de dollars depuis le début de la crise. Dans le même temps, les perturbations affectant les producteurs du Golfe ont ouvert de nouvelles possibilités pour les exportateurs d’autres régions. Les livraisons qataries de GNL ont notamment fortement diminué au cours du premier semestre. En mai 2026, elles auraient enregistré une baisse de 91 % sur un an. QatarEnergy avait déclaré un cas de force majeure sur certaines livraisons jusqu’à la mi-juin, après des dommages causés en mars à deux trains de liquéfaction du complexe de Ras Laffan. Ces événements ont également affecté les opérations liées au champ gazier de North Field.
Face à la diminution des volumes disponibles, les acheteurs internationaux se sont tournés vers d’autres fournisseurs. Le Nigeria figure parmi les producteurs ayant contribué à fournir des volumes supplémentaires sur le marché mondial. Selon le rapport, le GNL nigérian aurait participé à hauteur d’une partie des quelque 3,5 millions de tonnes additionnelles mises à disposition en avril 2026, aux côtés de producteurs comme les États-Unis, le Canada et la Malaisie. Cette recomposition temporaire du marché pourrait également mettre en évidence des perspectives plus durables pour les producteurs africains. L’Union internationale du gaz estime que, si la demande mondiale poursuit sa trajectoire actuelle, elle pourrait atteindre entre 4 516 et 4 575 Gm³ en 2030. Or, les capacités d’approvisionnement correspondant aux projets déjà approuvés ne représenteraient qu’environ 3 670 Gm³.
L’écart entre l’offre attendue et la demande potentielle pourrait ainsi créer de nouvelles opportunités pour les projets gaziers encore en attente de décisions finales d’investissement. Plusieurs pays africains pourraient être concernés, notamment le Mozambique, la Tanzanie et le Sénégal, qui disposent de projets destinés à développer leurs capacités de production et d’exportation. Le rapport estime par ailleurs qu’une reprise de la demande africaine reste envisageable à plus long terme, notamment lorsque les conditions du marché international se normaliseront. Selon les projections évoquées, le retour à une situation plus stable dépendra notamment de l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz, dont une réouverture pourrait contribuer à réduire les tensions sur l’approvisionnement mondial avant la fin de l’année.


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