Le secteur des technologies vertes est en mode recomposition. Après plusieurs années de forte progression, les montants investis dans les entreprises de la transition environnementale, notamment en Europe, ont diminué. Ce ralentissement financier ne signifie toutefois pas nécessairement un désengagement à l’égard de la transition écologique. Il s’accompagne plutôt d’un intérêt croissant pour les technologies industrielles et les projets nécessitant davantage de temps et de capitaux pour parvenir à maturité.
Le recul des investissements s’expliquerait notamment par les caractéristiques propres aux cleantech. Le développement d’une technologie industrielle implique souvent des investissements importants dans la recherche, les équipements, les prototypes et les infrastructures. Les perspectives de rentabilité peuvent également s’inscrire sur une période plus longue que dans le numérique, ce qui rend ces projets moins compatibles avec les exigences de certains investisseurs. Parallèlement à ce ralentissement, plusieurs indicateurs témoignent d’un regain d’intérêt pour la « hard tech », c’est-à-dire les innovations reposant sur des avancées scientifiques ou technologiques et nécessitant généralement la mise au point de produits physiques.
Selon l’étude KPMG Tech Insights, les technologies industrielles et manufacturières ont enregistré une nette progression des levées de fonds en 2025. Les technologies liées à la transition énergétique et environnementale ont aussi progressé. À l’inverse, certains secteurs davantage associés au numérique ont connu des évolutions moins favorables. Cette évolution intervient alors que l’écosystème de la deeptech continue de se développer. Le parcours de BlueNose Technologies illustre cette orientation vers des technologies directement appliquées aux enjeux industriels. La jeune entreprise développe des structures aérodynamiques destinées aux navires commerciaux. Son objectif est de réduire leur traînée et, par conséquent, leur consommation de carburant. Fondée en 2020 par Joë Sangar et Léon Grillet, la startup développe des modules pouvant être installés sur des navires existants, notamment des porte-conteneurs, des vraquiers et des tankers.
Selon les données communiquées par l’entreprise, cette technologie pourrait permettre jusqu’à 5 % d’économie de carburant sur certaines routes maritimes. BlueNose a également obtenu un appui financier dans le cadre du programme britannique Clean Maritime Demonstration Competition, en partenariat avec Lomar Labs. Cette aide doit contribuer au développement de modules aérodynamiques gonflables et pliables. Pour les entreprises de la GreenTech, cette évolution traduit moins la disparition des financements que leur transformation. Les investisseurs semblent davantage attentifs à la solidité technologique, aux perspectives industrielles et à la capacité des projets à démontrer leur faisabilité.
Les données citées par Pollutec indiquent d’ailleurs que, sur 150 opérations cleantech recensées, 129 concernaient des premiers tours ou du capital-innovation. Les projets en phase de développement continuent donc d’attirer des financements, même si les conditions sont devenues plus exigeantes. Dans cet environnement, les incubateurs spécialisés jouent un rôle important. Le marché apparaît plus sélectif qu’au cours des années précédentes. Pour les entrepreneurs, l’enjeu consiste désormais à démontrer à la fois la pertinence environnementale de leur solution, sa faisabilité technique et sa capacité à trouver un débouché industriel. La GreenTech poursuit donc son développement, mais dans un environnement où la technologie, le temps long et la capacité à passer du prototype à la production prennent une place croissante.


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