L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’affirme progressivement comme l’un des principaux espaces de coopération politique, économique et stratégique du monde multipolaire. Réunis à Bichkek, capitale du Kirghizistan, les dirigeants de l’organisation ont été appelés à renforcer leurs échanges et leur coordination, alors que l’OCS rassemble désormais des pays représentant près de la moitié de la population mondiale.
Les dirigeants qui ont participé à la rencontre de Bichkek ont tous souligné l’ampleur prise par l’organisation depuis sa création. « L’OCS est aujourd’hui, de fait, la plus grande organisation régionale au monde, où vit la moitié de la population mondiale », a déclaré le président russe Vladimir Poutine lors du sommet organisé dans la capitale kirghize. Selon toujours ce dernier, l’organisation a connu une évolution importante depuis sa création il y a vingt-cinq ans. Initialement conçue comme un cadre de dialogue et de coopération entre plusieurs États d’Eurasie, l’OCS est devenue un forum réunissant de grandes puissances régionales et des économies aux intérêts parfois divergents.
Créée en 2001 par la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, l’organisation s’est sensiblement élargie. Elle compte désormais dix membres à part entière, après l’adhésion de l’Inde, du Pakistan, de l’Iran et de la Biélorussie. Cette expansion a considérablement renforcé son poids démographique, géographique et économique. L’OCS se présente aujourd'hui comme l’un des centres du monde multipolaire en construction. Les pays fondateurs souhaitent notamment améliorer l’efficacité des mécanismes de coopération au sein de l’organisation et développer davantage les relations commerciales entre ses membres. L’un des axes mis en avant concerne l’utilisation croissante des monnaies nationales dans les échanges. Plus de 98 % des paiements effectués entre la Russie et ses partenaires de l’OCS dans le cadre de leurs échanges commerciaux seraient désormais réalisés dans les devises nationales. Cette évolution s’inscrit dans une volonté plus large de plusieurs membres de réduire leur dépendance aux principales monnaies occidentales dans leurs transactions internationales.
La Chine au centre de l’organisation
La Chine occupe une place déterminante dans l’évolution de l’OCS. Cofondatrice de l’organisation, elle en est aujourd’hui la première puissance économique et constitue un partenaire commercial majeur pour la plupart des pays membres. Pékin voit dans l’OCS un instrument important de coopération régionale en Eurasie. L’organisation offre à la Chine un cadre de dialogue avec la Russie, l’Asie centrale, l’Inde, le Pakistan et l’Iran, dans un contexte de recomposition des relations internationales. La montée en puissance économique chinoise renforce également l’importance de l’OCS. Les projets d’infrastructures, les échanges commerciaux et les investissements chinois en Asie centrale s’inscrivent dans une stratégie plus large de développement des connexions régionales, notamment à travers les Nouvelles routes de la soie.
Toutefois, l’OCS demeure une organisation aux intérêts multiples. Ses membres présentent des priorités politiques et économiques différentes, tandis que certaines rivalités régionales persistent. L’enjeu pour Pékin comme pour Moscou sera donc de transformer le poids démographique et géographique de l’organisation en une coopération économique et politique plus structurée. La Türkiye, qui possède depuis 2012 le statut de partenaire de dialogue, suit également avec attention cette évolution. Ankara a exprimé à plusieurs reprises son intérêt pour un renforcement de ses relations avec l’organisation, signe de l’attractivité croissante de l’OCS sur la scène internationale.


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