Marché de l'or : la Chine ravive la demande

Après plusieurs semaines de recul, l’or semble retrouver son élan. En Chine, les achats de la banque centrale et l’intérêt persistant des ménages contribuent à soutenir le marché, sur fond de tensions géopolitiques et de volonté de réduire la dépendance au dollar. Cette dynamique pourrait peser durablement sur l’équilibre du marché mondial du métal précieux.


Après plusieurs semaines de recul, l’or semble retrouver son élan. En Chine, les achats de la banque centrale et l’intérêt persistant des ménages contribuent à soutenir le marché, sur fond de tensions géopolitiques et de volonté de réduire la dépendance au dollar.


« L’or est-il de retour ? » s’interrogeaient dernièrement les économistes de la banque néerlandaise ING, après un rebond marqué du métal jaune depuis ses points bas de la mi-juillet. Pourtant, les tensions internationales n’ont pas suffi à empêcher une correction des cours. La vigueur du dollar, la hausse des rendements obligataires américains et les besoins de liquidités de certains investisseurs ont temporairement réduit son attrait. Début octobre, l’once d’or est retombée autour de 4 100 dollars, avant de remonter vers 4 200 dollars. Le retour des acheteurs chinois après la Golden Week, période de congés liée à la fête nationale du 1er octobre, pourrait contribuer à cette reprise. Mais la saisonnalité ne suffit pas à expliquer l’évolution de la demande chinoise, portée par des facteurs économiques et stratégiques plus profonds.


Après avoir ralenti ses acquisitions, la Banque populaire de Chine a repris ses achats à un rythme soutenu. Selon les données officielles citées dans les informations disponibles, elle a ajouté 20,2 tonnes à ses réserves en août, soit plus de vingt fois le volume enregistré en janvier. Sur les huit premiers mois de 2026, ses acquisitions déclarées atteignent 80,2 tonnes, un total près de trois fois supérieur aux achats enregistrés sur l’ensemble de l’année précédente. La Chine figure ainsi parmi les principaux acheteurs officiels d’or, derrière la Pologne. Ses réserves nationales s’élèveraient désormais à 2 386,55 tonnes. Aux cours retenus par BestBrokers, leur valeur avoisinerait 318,9 milliards de dollars. Ces chiffres placent la Chine parmi les détenteurs publics d’or les plus importants au monde.


L’or ne constitue la dette d’aucun État 

Les statistiques officielles pourraient toutefois ne pas rendre compte de l’ensemble des opérations réalisées. Cité par CNBC le 12 octobre, Carsten Menke, analyste chez Julius Baer Group, estimait que les acquisitions chinoises auraient atteint environ 190 tonnes entre janvier et fin août, dont 110 tonnes non déclarées. Cette évaluation demeure une estimation d’analyste et ne doit pas être confondue avec les données publiées par les autorités chinoises. Outre  la constitution de réserves, Pékin chercherait également à approfondir son marché intérieur de l’or, ce qui pourrait renforcer l’importance stratégique du métal dans l’économie nationale. La stratégie chinoise s’inscrit dans une tendance internationale. Face aux incertitudes économiques et aux rivalités géopolitiques, plusieurs banques centrales diversifient leurs réserves afin de limiter leur exposition aux actifs libellés en dollars.


L’or présente un avantage particulier : il ne constitue la dette d’aucun État et ne dépend pas d’un émetteur. Sa détention peut donc réduire certains risques associés aux sanctions financières et au gel d’avoirs à l’étranger. Les mesures prises contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine ont renforcé ces préoccupations parmi plusieurs pays. Pour Pékin, accumuler de l’or revient ainsi à diversifier ses réserves tout en préservant une marge de manœuvre financière. Cette orientation accompagne la réduction progressive de ses placements en dette américaine, sans pour autant signifier un abandon du dollar. La demande des ménages chinois constitue un autre facteur de soutien. 


Dans un contexte où les possibilités de placement peuvent paraître limitées ou incertaines, l’or conserve une place importante dans les stratégies d’épargne. Mais certains observateurs tiennent également à noter que cette demande ne garantit pas une hausse continue des cours. Les taux d’intérêt américains, les fluctuations du dollar et les arbitrages des investisseurs continueront d’influencer le marché. La stratégie chinoise pourrait néanmoins contribuer à maintenir l’or au cœur des préoccupations financières mondiales, bien au-delà de ses traditionnelles périodes de tension.

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