Pour l'Afrique, transition énergétique doit rimer avec une réelle volonté politique, une forte cohésion des Etats et une capacité à mobiliser d'importantes ressources. Rien que pour le projet de déploiement des mini-réseaux électriques, dans le cadre de l’initiative « Mission 300 » portée conjointement par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), le continent a besoin de 46 milliards de dollars d’ici 2030.
Selon les estimations rapportées par Bloomberg, dont celles effectuées par l’entreprise spécialisée Husk Power Systems, l'Afrique a besoin de plusieurs milliards de dollars dès cette année 2026 pour atteindre ses objectifs de transition énergétique dans moins de 5 ans. Les chiffres illustrent l’ampleur des investissements requis pour combler le déficit d’accès à l’électricité sur le continent. Lancée officiellement en janvier 2025 lors du Sommet africain de l’énergie à Dar es-Salaam, en Tanzanie, la Mission 300 ambitionne de fournir un accès à l’électricité à 300 millions de personnes en Afrique d’ici la fin de la décennie. Le programme cible prioritairement les zones rurales et périurbaines, où les réseaux nationaux restent inexistants ou peu fiables.
La stratégie repose sur un partage équilibré des solutions : environ 150 millions de personnes devraient être raccordées via l’extension des réseaux électriques nationaux, tandis que les 150 millions restantes le seraient grâce à des systèmes d’énergie renouvelable décentralisés, principalement les mini-réseaux et le solaire autonome. Selon les projections toujours relayées par Bloomberg, les 46 milliards USD nécessaires pour les mini-réseaux se répartiraient entre 28 milliards USD de financements par la dette, 14 milliards USD d’investissements en fonds propres et environ 4,6 milliards USD sous forme de subventions et d’aides publiques. Bien que considérable, ce montant reste nettement inférieur aux estimations publiées par la Banque mondiale en 2023, qui évoquaient un besoin global de 91 milliards USD pour fournir l’électricité à 380 millions d’Africains via le déploiement de quelque 160 000 mini-réseaux d’ici 2030.
Dans l’attente d’une mobilisation financière à grande échelle, plusieurs acteurs privés accélèrent déjà leurs investissements sur le continent, profitant d’un environnement réglementaire de plus en plus favorable. Husk Power Systems figure parmi les entreprises les plus actives. En novembre 2025, la société a annoncé son intention de lever 150 millions USD en fonds propres et 250 millions USD en dette d’ici juin 2026, dans le cadre d’une stratégie visant à renforcer sa présence africaine et à multiplier son chiffre d’affaires mondial d’ici 2030. Husk prévoit notamment de s’implanter à Madagascar et en République démocratique du Congo. Dans ce dernier pays, l’entreprise a marqué son entrée grâce à une subvention de 500 000 USD accordée par l’ONG américaine Acumen. Les solutions déployées combinent panneaux solaires, systèmes de stockage par batteries et générateurs diesel d’appoint, un modèle hybride déjà éprouvé au Nigeria pour répondre aux besoins des populations non connectées au réseau national.
Rappelons enfin que plus de 30 chefs d'État ont signé la « Déclaration sur l'énergie de Dar es Salaam » et présenté des « Pactes énergétiques nationaux » pour concrétiser cet accès à l'énergie, témoignant d'un engagement politique fort pour réformer le secteur. La stratégie globale inclut l'expansion des réseaux traditionnels et des solutions hors réseau (mini-réseaux, solaire). Un portail, le Mission 300 Progress, permet aujourd'hui de suivre en temps réel les progrès, les raccordements et les financements, garantissant la transparence de la mise en œuvre. Mais ce projet, qui se veut une accélération sans précédent de l'électrification verte en Afrique, repose fortement sur la collaboration entre gouvernements, secteur privé et banques de développement.


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