Commerce mondial : les services changent la donne

Le commerce mondial ne se résume plus aux flux de marchandises. Derrière les produits exportés circulent de plus en plus de services : assurance, finance, ingénierie, conseil, recherche-développement, technologies de l’information, logistique ou encore prestations touristiques. Cette évolution, qualifiée de « servicification » du commerce, prend une ampleur croissante avec la numérisation de l’économie. 


Le commerce mondial ne se résume plus aux flux de marchandises. Derrière les produits exportés circulent de plus en plus de services : assurance, finance, ingénierie, conseil, recherche-développement, technologies de l’information, logistique ou encore prestations touristiques.


Selon la CNUCED, les exportations mondiales de services ont progressé en moyenne de 5,3 % par an entre 2014 et 2024, soit plus de deux fois le rythme enregistré par les marchandises. En 2025, leur croissance a atteint 8,3 %. Cette progression modifie progressivement la composition des échanges internationaux. Les services représentent désormais 27 % du commerce mondial des biens et services, contre 23 % en 2015. Les exportations mondiales de services ont atteint 9 700 milliards de dollars en 2025, soit près du double de leur niveau d’une dizaine d’années auparavant. La montée en puissance des services ne concerne pas uniquement les activités traditionnellement considérées comme exportables. Elle transforme également la manière dont les biens sont produits et commercialisés. En 2022, les services représentaient 71 % des intrants intermédiaires utilisés dans la production mondiale. Leur poids atteignait 78 % dans les économies développées et 61 % dans les économies en développement, selon les données citées par la CNUCED.


Le numérique accélère la transformation


Cette présence se retrouve notamment dans l’industrie. Les entreprises ont recours à des prestations financières, logistiques, informatiques, juridiques, commerciales ou techniques qui peuvent être intégrées à la fabrication et à l’exportation d’un produit sans apparaître nécessairement dans sa valeur commerciale finale. Dans les exportations de biens industriels, les services représentent ainsi 33 % des intrants intermédiaires dans les économies développées, contre 27 % dans les économies en développement et 13 % dans les pays les moins avancés (PMA). Pour la CNUCED, cette réalité rend nécessaire une meilleure mesure du commerce des services, notamment lorsqu’ils sont incorporés indirectement aux exportations de marchandises. La progression des services soutient la productivité et la diversification économique. Des prestations spécialisées dans la technologie, l’ingénierie, la finance ou la gestion aident les entreprises à accéder à de nouveaux marchés et à participer à des chaînes de valeur internationales.


Les entreprises ont recours à des prestations financières, logistiques, informatiques, juridiques, commerciales ou techniques qui peuvent être intégrées à la fabrication et à l’exportation d’un produit sans apparaître nécessairement dans sa valeur commerciale finale


La dimension numérique constitue l’un des principaux moteurs de cette évolution. Les services pouvant être fournis à distance par l’intermédiaire de réseaux informatiques ont progressé en moyenne de 7,1 % par an au cours de la dernière décennie. Ils représentent désormais 56 % des exportations mondiales de services. Cette catégorie comprend notamment les services financiers et d’assurance, les télécommunications, l’informatique, les services professionnels et techniques, l’ingénierie, la recherche-développement ou encore certaines prestations audiovisuelles. La progression est toutefois très inégale selon les niveaux de développement. Dans les économies développées, environ 61 % des exportations de services peuvent être fournis numériquement. Dans les PMA, cette proportion n’atteint que 16 %. Parallèlement, les exportations de services des PMA n’ont progressé que de 3 % par an en moyenne au cours de la période considérée, tandis que leur part dans les exportations mondiales de services est tombée à 0,6 % en 2025.


Cette situation traduit moins une absence de potentiel qu’un ensemble de contraintes structurelles. La qualité et le coût de la connexion à Internet, l’accès aux systèmes de paiement internationaux, les compétences numériques et les capacités réglementaires conditionnent directement la possibilité pour une entreprise de vendre ses services à l’étranger. L’écart apparaît également dans les services liés aux technologies de l’information et de la communication. En 2024, les exportations mondiales de services TIC avaient atteint environ 1 200 milliards de dollars, mais l’Afrique et l’Amérique latine et les Caraïbes n’en représentaient ensemble que 2,5 %.


Un paysage réglementaire plus complexe


La transformation numérique pose également une question de gouvernance du commerce international. Les règles multilatérales applicables aux services ont pour l’essentiel été élaborées avant l’essor de l’économie numérique. Depuis, les dispositions relatives au commerce électronique et aux échanges numériques se sont multipliées dans les accords bilatéraux et régionaux. La CNUCED relève que 55 % des accords commerciaux préférentiels conclus entre 2000 et 2025 comportent désormais des dispositions relatives au commerce électronique ou au commerce numérique. Depuis 2020, 90 % des pays développés, contre 62 % des pays en développement et 66 % des PMA, ont participé à des accords comprenant de telles dispositions.


La transformation numérique pose également une question de gouvernance du commerce international. Les règles multilatérales applicables aux services ont pour l’essentiel été élaborées avant l’essor de l’économie numérique.


Cette évolution crée un paysage réglementaire plus complexe. Les règles peuvent différer selon les accords, tandis que tous les pays ne disposent pas des mêmes capacités pour participer aux négociations ou adapter leur législation. Pour les économies disposant de moyens institutionnels limités, cette fragmentation peut donc constituer un obstacle supplémentaire à l’intégration dans les nouveaux marchés de services. L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à cette problématique. Les capacités informatiques, les données, les financements et les compétences nécessaires au développement de ces technologies restent concentrés dans un nombre limité d’économies et d’entreprises. La CNUCED estime ainsi que l’essor de l’IA pourrait accentuer certaines disparités existantes si les pays disposant de capacités limitées ne renforcent pas leurs infrastructures et leurs compétences.


Pour les économies en développement, l’enjeu dépasse donc la simple amélioration de la connectivité. Il s’agit de transformer l’accès numérique en capacité productive et commerciale. Cela suppose des infrastructures fiables, des compétences adaptées, des systèmes de paiement accessibles, des cadres réglementaires cohérents et une participation effective aux discussions internationales sur les nouvelles règles du commerce numérique. La croissance des services ouvre ainsi un nouvel espace d’échanges internationaux, mais elle ne garantit pas, à elle seule, une répartition plus équilibrée des opportunités. La capacité à exporter des prestations numériques et à intégrer les services dans les chaînes de valeur dépendra largement des investissements réalisés dans les infrastructures, le capital humain et les institutions. Pour les PMA en particulier, le défi consiste désormais à ne pas rester à l’écart d’un segment du commerce mondial dont le poids continue de progresser.

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