par Tsirisoa Rakotondravoavy
L'Association du transport aérien international (IATA) a réuni son conseil d'administration en juillet dernier et a choisi de nommer Saadia Zahidi, une économiste renommée, pour sa direction générale. Cette nomination intervient à une période où le transport aérien mondial connaît un recul des recettes des compagnies aériennes dans des régions traditionnellement porteurs. Le secteur enregistre pourtant une performance positive dans des zones bien définies comme l'Amérique Latine et l'Afrique, l'Europe ayant fait presque du sur place. Des coupables désignés : la hausse du prix du kérosène et les conflits régionaux engageant des incertitudes géopolitiques.
La nomination de Saadi Zahidi est une grande première pour l'IATA, la première femme à prendre sa direction générale, succédant à Willie Walsh qui termine son mandat à la fin juillet 2026. D'origine pakistanaise et de nationalité suisse, Saadi Zahidi est une économiste formée par le Smith College, détentrice d'un master en économie internationale au Graduate Institute de Genève et d'un master en administration publique à Harvard. Avant sa nomination à l'IATA, cette membre du groupe d'experts des Nations Unies a siégé au conseil consultatif de l'Agence spatiale européenne (ESA) et au comité de direction du World Economic Forum de Davos, en Suisse, depuis 20 ans, en ayant fondé le Centre de la nouvelle économie et la société, et publié des rapports d'importance capitale comme le Rapport mondial sur la disparité des genres, le Rapport sur l'avenir de l'emploi lié au développement des technologies, et le Rapport global sur les risques.
A travers sa nomination à la tête de l'IATA, Saadia Zahidi porte ainsi en elle une volonté du secteur du transport aérien vers une évolution inéluctable face aux contraintes actuelles et aux risques futurs : émission de carbone par le secteur, risques géopolitiques, traitement des genres et transformation de l'emploi grâce aux technologies. Sa publication en 2018 de "Fifty Million Rising" est aujourd'hui considérée par les économistes comme prémonitoire, traitant l'intégration et l'essor professionnel des femmes dans le monde musulman.
Feuille de route de Saadi Zahidi
Saadi Zahidi prendra ses fonctions le 1er novembre 2026 à Ottawa, siège de l'IATA, mais a déjà livré sa feuille de route pour un secteur aérien exposé aux risques et aux défis futurs. Son mandat se veut ambitieux mais marqué par une continuité d'efforts, comparé à ceux de ses prédécesseurs. Sa feuille de route pour un secteur qu'elle considère comme "une infrastructure critique" est marquée par quatre grands axes.
1- Transition écologique
Cette économiste, doublée d'une personnalité sensible au développement durable, maintiendra l'Objectif d'émission zéro nette en 2050, formulé par le secteur. L'échéance se rapproche et le moyen principal pour y parvenir dans la feuille de route de Saadia Zahidi est le carburant d'aviation durable, que les gouvernements sont incités à financer afin d'accélérer le processus de décarbonation du secteur. Même si les risques géopolitiques actuels grandissent, cette économiste maintient également un objectif sectoriel mondialement accepté, celui de la sensibilisation aux risques climatiques.
2- IA, innovation et transformation numérique
Saadi Zahidi veut apporter dans son mandat son soutien pour la transformation numérique de l'IATA à travers des actions d'innovation dans la gestion du trafic aérien et ainsi que dans l'exploitation des outils du secteur. Cette innovation passera obligatoirement par l'intelligence artificielle (IA), l'optimisation de l'utilisation des données et la sécurité. L'IATA se doit ainsi d'être restructurée dans ce sens, aidée par 9 comités industriels dotés de pôles dédiés à cette transformation numérique.
3- Résilience économique face aux crises
Les 1.315 compagnies aériennes, membres de l'IATA, ont enregistré une baisse des recettes du secteur, chiffrées à 23 milliards de dollars, alors que le nombre de passagers transportés n'a pas décliné. Ceci est principalement expliqué par la hausse du prix du kérosène. Saadi Zahidi entend mettre en place une gestion des crises géopolitiques avec un guide d'accompagnement pour les compagnies pour la préservation des marges commerciales. En tant qu'experte en diplomatie économique, une expertise acquise durant des années à Davos, elle s'engage également dans une gestion opérationnelle des perturbations d'espaces aériens causées par les conflits régionaux et les troubles géopolitiques persistants.
4- Emploi : pénurie et égalité des genres
Saadi Zahadi, sensible aux questions humaines dans plusieurs domaines de la vie économique, n'a pas manqué de souligner son engagement dans une nouvelle attractivité des métiers du transport aérien. En effet, le secteur fait face en ce moment à une pénurie de personnel qualifié, notamment dans l'ingénierie et le contrôle aérien. Par la même occasion, le nouveau directeur général de l'IATA, en tant que femme, s'engage à plus d'équité dans les considérations des genres dans les salaires des professionnels du transport aérien.
Saadi Zahidi prendra ainsi ses fonctions à la tête de l'IATA en novembre prochain et le secteur s'attend aux détails de sa feuille de route afin de juguler les risques qui pourraient menacer le secteur du transport aérien dans un avenir proche. D'ici là, c'est une autre femme Sandrine Le Borgne, une
Etat du secteur
L'IATA a publié les statistiques du mois de juin 2026, comparées à au même mois en 2025. Le constat global est celui du recul des recettes, notées en revenu par kilomètre-passager payant (RPK). Cet indice fait état d'un recul mondial de 1,7% en juin 2026, comparé à juin 2025. L'IATA explique ce résultat par la situation géopolitique globale ainsi que par les conflits régionaux, comme en Ukraine et surtout au Moyen-Orient, avec des tensions qui se durcissent. La capacité mondiale mesurée en sièges-kilomètres offerts (ASK) a également reculé de 1,3% en juin 2026 par rapport à la même période en 2025. Le coefficient d'occupation des sièges était à 84% en juin 2026, se contractant de 0,5%.
Sur le plan purement statistique, l'IATA note un net recul du marché intérieur en Chine, Aux Etats-Unis et au Japon.
"Les gens continuent de voyager, ce qui contribue de façon importante à la croissance économique mondiale. Cependant, il ne fait aucun doute que la stabilisation de la situation au Moyen-Orient et la normalisation des approvisionnements en pétrole amélioreraient les perspectives pour les compagnies aériennes, les économies et les sociétés partout dans le monde", selon Willie Walsh, directeur général sortant de l'IATA, en rajoutant : "La demande mondiale de voyages aériens était en baisse de 1,7 % en juin, comparativement à juin 2025. Cela est largement attribuable au déclin des marchés intérieurs en Chine, aux États-Unis et au Japon, et à la demande internationale faible, mais en voie d’amélioration, chez les transporteurs du Moyen-Orient. Bien que la performance du Moyen-Orient s’améliore, les tensions renouvelées ne vont pas favoriser la reprise dans la région et les répercussions de l’augmentation des prix du carburant vont affecter les voyageurs sous la forme de tarifs plus élevés".




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